Nous sommes partis trois jours en février, le temps d'un week-end, du vendredi matin au dimanche soir à Bruxelles. C'était la première fois que je mettais les pieds en Belgique. Je ne partais avec aucun aprioris, mais plutôt avec des images imaginées. N'ayant jamais vue la belle de mes propres yeux, je m'en tenais aux clichés des clips de Roméo Elvis ou encore de reportages lors des tueries de Molenbeek en 2016. Une ville aux airs de banlieue, aux couleurs sombres, ternies. Cependant, elle m'intriguait. Car d'un autre côté j'imaginais aussi, paradoxalement, une grand ville aux poutres apparentes, tel l'Est de la France, à la Alsacienne dirait-on.


Après deux heures et demi de train, nous arrivons à la Gare du Midi de Bruxelles, placée en dehors de la ville. Notre Airbnb n'est qu'à dix minutes, situé dans le quartier des Marolles. C'est une longue et large rue grise que je découvre dès notre sortie de la gare, aux buildings et hôtels trop modernes l'entourant. Cela ressemble alors à la première image que je m'étais faite de la ville.. et pourtant, quelque chose m'attire, au loin, derrière ce rempart séparant Saint-Gilles de Bruxelles.

Passé le périph, on rentre alors dans la ville. Les bâtiments sont sombres, ternis, oui, mais il y a quelque chose de beau là dedans et de bien différent de cette première image que j'avais eue. Adieu immeubles made-in La Défense, place à un tout autre style : rien est pareil. Indescriptible. Leurs architectures, leurs couleurs plus vraies que nature m'interpellent. Plus on avance, plus certaines bâtisses offrent un éventail de teintes, rose, violet, orange, bleu.. parmi le noir forgé par l'humidité et le gris de l'ancienneté. J'y aperçois un mélange de rues de Londres avec leurs escaliers dès le parvis, mais aussi certaines de Paris et pourtant, rien de comparable dans l'ensemble. Quelques mètres plus loin, c'est de nouveau un autre style de façades qui se jettent à nos yeux et entre en scène, puis un autre et un autre.. Tout se mélange, ensemble, et cela ne ressemble à aucun autre endroit. La ville nous plonge alors dans un espace temps intemporel, jusqu'à en oublier tous les décors que j'avais pu imaginer.



J'ai eu peur de ne pas avoir assez de temps pour visiter la ville en un week-end, mais Bruxelles peut se faire entièrement à pied, en deux à trois jour, si vous voulez vraiment prendre le temps de tout explorer. Dès notre arrivée le midi, nous avons arpenté notre quartier et ses alentours pour ne pas en perdre une miette, en contournant soigneusement la Grande Place, laissant alors cette découverte, du centre historique et ses lieux incontournables, éclairés dans la nuit noire par les lumières du festival Bright Brussels, pour notre première soirée de Saint Valentin. Le reste du week-end, nous avons parcouru tout l'Est de la ville, repassant ensuite par le centre, alors de jour et presque méconnaissable de la veille, pour finir par explorer l'Ouest et une partie du Nord de Bruxelles. Chaque fois, nous empruntions de nouveaux chemins, de nouvelles rues, jusqu'à connaitre par coeur la ville et la découvrir de fond en comble.

Il existe 9 quartiers dans Bruxelles et chacun a ses spécificités, son style : Marolles, Les Sablons, Royal, Liberté, Marais-Jacqmin, Centre, Midi-Limonier, Senne et Quais.


LE QUARTIER MAROLLES

Marolles est le quartier le plus populaire de Bruxelles, avide de liberté, qui lui confère cette ambiance villageoise si particulière où la foule touristique n'ose y déambuler. Lieu de chinerie, il dispose en son centre plusieurs petites et longues rues ainsi qu'une place particulière, où s'éparpillent magasins de vêtements bon marché, bistroquets et restaurants (a)typiques, antiquaires, marchés, puces.. dont on ne pourrait plus dater la création tant ils font partie du paysage depuis des décennies. Aujourd'hui, on y voit aussi des Concept Stores et bails vegan en tout genre, ajoutés au paysage. Autour du centre du quartier s'entremêlent restaurants turques et japonais, petites rues paisibles et logements à la fois modernes et anciens, mélangeant espaces bruts, immeubles en bois ou bétonnés et maisons colorées en pierres dans un melting pot à coupé le souffle. Un quartier authentique, piteux à l'atmosphère pittoresque.

Les rues les plus populaires où se dissimulent les pépites du quartier sont la rue des Renards (la plus colorée), la rue Blaes (la plus arty), la rue Haute (la plus old school et la plus ancienne du quartier) et la rue des Tanneurs (la plus bobo). Parsemées de petites terrasses agréables et de mets attirants (très concentrés sur la rue des Renards : Alain Fayt, La Brocante, Restobières..), vous y découvrirez de jolies choses telles que des objets vintages, parfois loufoques, jusqu'au derniers livres introuvables, meubles art déco "in" et vaisselles colorées aux styles explosifs.



J'ai adoré me balader dans ces rues, tant Marolles est surprenant. À première vue, c'est vrai que parfois, le quartier semble sensible et tend vers une image peu recommandable dans certaines rues. Je m'explique : le jour de notre arrivée à l'appartement, en fin d'après-midi, nous étions effectivement un peu sur nos gardes. On redoutait d'être tombés dans un quartier mal famé, du fait d'une interprétation qui paraissait subjective sur le moment, en regardant les gens autour de nous et quelques déchets qui gisaient par terre. Pourtant, quelques heures plus tard, lorsque nous sommes sorti pour découvrir la ville de nuit et boire un verre, en rentrant, minuit passé, l'atmosphère que lui confère ses rues est d'un tout autre genre. Je me suis sentie en sécurité et je n'ai plus ressenti ce que j'avais vu quelques heures auparavant. Au contraire, j'ai adoré ce moment et voguer dans ces jolies rues aux pavés désordonnés. Le soir, le quartier est silencieux, il n'y a pas un chat. Mais il est paisible, romantique, pacifique et serein. Quant au jour, c'est encore un tout autre décor différent : en ouvrant la porte, je crois que nous avons même été choqués, tant l'image que nous nous étions faite à notre arrivée, dans cette même rue, a encore différée. Les bobos ont pris d'assaut les trottoirs, avec leurs caddies remplit de poireaux et salades, des passants aux styles rocambolesques longent les boutiques à la recherche de pépites, une multitudes de vélos s'arraches les barrières posées au sol..

Le Marché Bio

Sur la rue des Tanneurs se trouve un marché bio, ouvert du mardi au dimanche de 11h à 16h/19h suivant les jours. Étalée sur le même trottoir, à partir du numéro 58, vous découvrirez une panoplie de commerces bio : une épicerie vendant des produits bio emballés ainsi que des objets, l'entrée du marché pour y faire ses courses, puis une boutique de plantes et enfin une boulangerie.

La Place du Jeu de Balle

Créée en 1853, elle était destinée au jeu de balle pelote, une pratique très prisée à Bruxelles au XXème siècle. En 1873, on y transfère son célèbre Vieux-Marché, établit jusqu'à lors Place Anneessens, aujourd'hui vu plus comme un marché aux puces. Dès l'aube, à 6h du matin, la place se rempli de vendeurs proposant bibelots, antiquités, livres, cartes postales et objets en tout genre tels que des robinets ou encore des tringles à rideaux, jusqu'à 14h et ce, tous les jours de la semaine. Personnellement, nous n'avons rien acheté, mais nous avons beaucoup apprécié nous balader entre les différentes tables et y découvrir toutes sortes de choses rocambolesques, de la vaisselle en argent.. aux masques africains et poupées vaudous flippantes. Il y a de tout mais beaucoup de jolies choses et objets que je n'avais même jamais vu auparavant. Vous pourriez y avoir un coup de coeur, il faut juste prendre le temps de chiner ;)






Nous avons ensuite pris la rue des Minimes, où se situe l'Ascenseur de Marolles, que vous pouvez prendre gratuitement, en face de la Place Poelaert et qui vous emmènera dans les airs.

En avançant, la rue change, se vide, je remarque une nouvelle atmosphère mais surtout une nouvelle architecture. Peu à peu, elle ouvre sur un nouveau quartier de Bruxelles, véritable paradoxe des Marolles : le quartier des Sablons. Le changement visuel s'opère dès l'approche de l'ascenseur, où galeries d'arts très chics en tout genre se chevauchent continuellement le long des deux côtés de la rue. L'élévateur qui mène des Marolles au pied du Palais de justice semble alors illustrer la notion d’ascenseur social : un peu comme s’il séparait le quartier populaire des pontes bruxellois du monde judiciaire.


Les Marolles, c'est donc la continuité du Sablon, zone archi-huppée de la capitale qui, je trouve, est progressivement désertée, tant il faut dépenser une fortune dans un ballotin de pralines ou un thé glacé. Mais ce qui nous a frappé, c'est le nombre de petits commerces de proximité dans les rues des Marolles fermés. Et quand je dis fermés, c'est qu'ils ont mis la clé sous la porte. Et ce qui est flagrant, à l'inverse, c'est que des commerces plus huppés ont commencé à éclore ici et là. « Ce qu'il se passe dans les Marolles c'est un peu l'inverse d'autres quartiers bruxellois. Les commerçants sont de moins en moins d'origine étrangère comme c'était le cas avant et de plus en plus belgo-belges. Les boucheries halals deviennent des cafés branchés », explique Amin Hamri, qui y a passé les douze premières années de sa vie. Derrière, d'autres commerçants ouvrent de nouveaux petits établissements où pancartes « cupcakes, quiches maisons, brownies » fusent. Des descriptions qui pourrait donner l'impression d'un énième endroit bobo, mais il n'en est rien : certains choisissent alors de pratiquer des prix raisonnables qui correspondent à la moyenne du quartier. À noter que depuis quelques années, les loyers ont énormément augmentés.


Le Quartier Sablons

Sous ses airs aristocratiques, il demeure le quartier le plus chic et raffiné de Bruxelles. Souvent choisi par les expatriés ou les bruxellois aisés, il arbore en lui des façades d'immeubles du XVIIème et XVIIIème siècles jusqu'aux majestueux hôtels particuliers, sans oublier ses fameux artisans chocolatiers où s'érigent truffes, pralines et autres délices.

Le Musée Juif de Belgique

Au bout de la rue des Minimes se trouve le Musée Juif de Belgique, qui rassemble une vaste collection d'objets de tradition juive provenant essentiellement d'Europe, d'Asie et d'Afrique, dont les plus anciens remontent au XVIIIème siècle. Cet établissement porte un regard novateur à travers des expositions et des activités, dont l’objectif est de promouvoir la connaissance et la compréhension de l’histoire, de la religion et des cultures juives.
Pour 7 à 10 euros, vous avez accès à toutes les expositions en cours.
Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h.


Passé le portillon de sécurité, nous découvrons un jolie cour cachée où la lumière claire et son coin calme donnent envie de s'y assoir, le temps d'un instant, pour la contempler.


Nous avons pu voir quatre expositions présentes, dont deux que j'ai beaucoup appréciées : Tradition qui invitait les spectateurs à découvrir les rites et les célébrations qui rythment l'année juive, dans des décors retracés et des objets expliqués, et Superheroes Never Die, entre bande dessinées et tumultes de l'Histoire.

À travers plus de 200 oeuvres, l’exposition Superheroes Never Die. Comics and Jewish Memories raconte comment la bande dessinée américaine s’entremêle, depuis ses débuts et jusqu’à aujourd’hui, aux tumultes de l’Histoire. Car, peu de gens le savent, mais de nombreux créateurs de super-héros nés au XXème siècle sont juifs : The Avengers, Superman, Captain America ou encore Spider-Man ont été imaginés par des auteurs et dessinateurs dont les familles avaient récemment immigré aux États-Unis.

Fuyant l’oppression, à la poursuite du rêve américain, une première génération d’immigrés juifs débarquent à New York au début du XXème siècle et expriment le choc des cultures et leurs difficultés à s’intégrer dans des cartoons publiés dans la presse. Après la grande dépression de 1929 et face à la montée du fascisme en Europe, une seconde génération d’immigrés juifs, si soucieux de s’intégrer qu’ils dissimulent souvent leurs patronymes aux consonances étrangères, se fascine pour l’univers naissant des Comics et donnent naissance aux plus célèbres super-héros : Batman, Superman, Captain America ou Spiderman.. Et près d’un siècle plus tard, ces super-héros restent des figures centrales de nos cultures contemporaines. Mais si les causes qu’ils défendent ont changées, les questions d’identité et d’intégration, déjà abordées dans les années 1930, s’y lisent encore.







Par la suite, nous arrivons en plein centre des Sablons, sur un petit rond point qui dessert plusieurs rues, où plusieurs bars à terrasses sont disposés tout le tour. En face, se trouve une large place : la Place du Grand Sablon.

La Place du Grand Sablon

Centre du quartier des antiquaires et cernée par d'anciennes maisons de maître, elle offre une atmosphère très chic et audacieuse. Entre chocolatiers d'exceptions, galeries d'art luxueuses, Showroom somptueux de meubles et Flagships mode prestigieux tels que celui de Christian Louboutin, elle regorge en son milieu une oeuvre, la fontaine de Minerve, érigée en 1751, qui témoigne de la gratitude de Lord Bruce, comte d'Aylesbury et pair d'Angleterre, pour l'hospitalité qu'il reçut à Bruxelles. Entre, se noient quelques bars à bières dans leurs demeures typiques, donnant un air un peu plus hospitalier et vivant au quartier. C'est un des lieux les plus raffiné et les plus élégant de Bruxelles. Tout en haut de cette place, réside l'Eglise Notre Dame du Sablon et son joli petit Square du Petit Sablon, caché derrière.





Au sud ouest du rond point, se trouve la rue Joseph Stevens, menant à l'Eglise Notre Dame de la Chapelle. Elle fait partie des rues formant la liaisons entre les quartiers des Marolles et des Sablons et relie ainsi la Place du Grand Sablon à celle de La Chapelle. En son centre, un retrait en demi-lune formant une mini-place, la Place Emile Vandervelde, conserve les plus jolies maisons de la rue, dans un style éclectique néo-Renaissance flamande et art nouveau.

Perpendiculaire à cette rue, juste au niveau de l'Eglise (photo ci-dessous), nous nous sommes arrêtés pour déjeuner à La Dolce Mia, un excellent restaurant italien, rue Haute. Une rue dont j'ai déjà parlé et qui se termine jusqu'aux Marolles. Et les pâtes et lasagnes valent clairement le détour..


De retour sur le rond point de la place, nous avons ensuite pris la petit rue pavée qui remonte vers le Centre, la rue Rollebeek, bien trop mignonne à mon goût tant son charme par ses couleurs et son architectures vous appelle de loin. Nous y avons découvert plusieurs restaurants et galeries d'arts aux styles modernes alliant antiquités et art japonais voir grecs, installés dans des structures remontant au XVIème siècle où se succèdent des maisons bourgeoises de l'époque moderne en briques, comme celles aux n° 7 et 9, dont leur façade épouse merveilleusement la courbe de la rue. De mon côté, j'ai eu un coup de coeur particulier pour la Galerie Anna 4 Art Gallery et la Galerie 7/1 aux vitrines tellement instagramables.. haha



Parallèle à celle-ci, se trouve la rue Lebeau qui forme un art de cercle sur sa longueur et qui nous dirige lentement vers un nouveau quartier tinté de Musées, le Quartier Royal.


Le Quartier Royal

C'est le quartier de Bruxelles le plus important d'un point de vue tant politique qu’artistique. Quartier de Palais, de musées, d'ambassades et de banques, il compte très peu d'habitants (quelques centaines) malgré sa superficie importante. Siège du pouvoir de Bruxelles depuis un millénaire, il demeure un modèle de l'urbanisme du Siècle des Lumières. Le quartier Royal n'est de loin pas le plus attractif. Oui, il concentre à lui seul une multitude de musées à découvrir, mais derrière, on y trouve presque aucun restaurant, aucune boutique, sauf peut être quelques des antiquaires et galeries d'art installées sur de minces parcelles d'immeubles pris d'assaut par des banques et hôtels tels que le Hilton. Rien de typique, rien de vivant. Des rues interminables tant elles se ressemblent, par leurs grandes portes vitrées, leurs halls déserts et leurs étages démultipliés dans un gris brillant et cette odeur de travaux qui couche le long des trottoirs. Figé dans le temps, entre modernisme imbibé d'un quartier d'affaires et architectures d'un temps royaliste, il demeure un quartier sage et silencieux où seuls musées et parcs paraissent intéressant à explorer.

En arrivant par la rue Lebeau, nous tombons sur la Bibliothèque Royale, qui offre un rooftop secret dissimulant un bar mais surtout un potager, avec un panorama de la ville. Derrière, nous découvrons ensuite à 360° une immense allée montante surprenante : Le Mont Des Arts.

Le Mont Des Arts

Le Mont des Arts est une sorte de colline formant un très large complexe urbanistique comprenant la Bibliothèque Royale de Belgique, les Archives Générales du Royaume, le Centre de Congrès Square et un jardin créé par l'architecte paysagiste René Pechère. Placé en contre bas de la place Royale, c'est une sorte Montmartre qui dessert les plus beaux joyaux royaux de Bruxelles, en offrant un large panorama sur la Grande Place et les alentours de la ville.



En remontant l'allée du Mont des Arts, nous tombons sur un épicentre artistique : tout autour de nous se dressent de majestueux monuments abritant une multitudes d'oeuvres : le Musée des Instruments de Belgique, le Palais des Beaux-Arts (Bozar) et les Musées Royaux des Beaux-Arts.

Les Musées Royaux des Beaux-Arts

Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique conservent la plus importante collection d’arts plastiques du pays. Ce sont 20.000 œuvres et six musées : Les Musées OldMastersMagritteFin-de-SiècleModerne et les maisons-ateliers Wiertz et Meunier, qui racontent l'Histoire du XVème au XXIème siècle, à travers la peinture, la sculpture ou le dessin. En entrant, nous avons découvert un immense hall abritant des oeuvres en exposition permanente, qui dessert plusieurs entrées menant chacune à un musée.



Le Musée Magritte, ancré dans le surréalisme, rassemble la plus importante collection au monde de l’artiste belge, René Magritte : plus de 230 œuvres et archives y sont présentées. Divisé en trois étages, où chacun d’entre eux est dédié à une période différente, les salles présentent à la fois des tableaux, des gouaches, des dessins, des sculptures, des objets peints mais aussi des affiches publicitaires, des partitions de musique, des photographies et des films. Le Musée contient également la collection la plus importante de la période « vache » de l’artiste. Le parcours de la visite commence au troisième étage avec les débuts de l’artiste, présentant une époque d’apprentissage durant laquelle Magritte a testé différents styles : expressionnisme, pop-art, art conceptuel. Au deuxième étage se trouvent des œuvres de la période moins connue de l’artiste avec des œuvres qu’il a réalisées à Bruxelles durant la guerre. Enfin, au premier étage, sont exposées ses œuvres les plus réputées, telles que Shéhérazade ou L’Empire des Lumières.

Depuis le 11 octobre 2019 se tenait une exposition exceptionnelle qui réunissait pour la première fois les célèbres peintres surréalistes René Magritte et Salvador Dalí afin de fêter conjointement les 90 ans de leur rencontre, mais aussi et surtout le 10ème anniversaire du Musée Magritte.

Dalí et Magritte s’attachent à défier le réel, à questionner notre regard et à bousculer nos certitudes. Car en effet, le Catalan et le Belge témoignent d’une fascinante proximité, malgré des créations et des personnalités bien différentes qui les amèneront finalement à s’éloigner. L’exposition, qui a terminée lors de notre dernier jour, ce 16 février 2020, révélait alors leurs liens personnels mais aussi philosophiques et esthétiques, à travers plus de 100 peintures, sculptures, photographies, dessins, films et pièces d'archives.



En sortant, nous tombons sur la Place Royale, aux airs d'une petite Vendôme, qui offre un centre névralgique du quartier des arts de la ville de Bruxelles. Dominée par l'Eglise Saint-Jacques-sur-Coudenberg, d'une architecture remarquable et incroyable tant elle ressemble à un édifice de justice, elle arbore en son centre la statue de Godefroy de Bouillon. Marchant doucement vers le gigantesque Parc de Bruxelles, nous découvrons alors avec enchantement une petite surprise, garée sur le bas côté et bien cachée du tumulte de l'hypercentre..

Les meilleures gaufres liégoises : les waffles


Dans sa petite camionnette aux couleurs criantes, Pascalino and Fils, propose des gaufres à tomber par terre à 2 euros la pièce. Une merveille.. loin des attrapes-touristes de la Grande Place. Le sucre caramélisé à l'intérieur rend à lui seul la gourmandise succulente.

Le Parc de Bruxelles

Anciennement appelé Parc Royal et classé au Patrimoine de la ville depuis 1971, il s'érige sur plus de 11 hectares. Il fut le premier parc public de Bruxelles et abrite en son centre un kiosque à musique intact aux dorures somptueuses, en fonte ornée de 12 cotés, datant de 1841. Crée par l'architecte Jean-Pierre Cluysenaar, à qui on doit entre autres les galeries royales Saint-Hubert et le Conservatoire Royal de Musique, il est destiné à abriter les festivités nationales.



...


Le Quartier Centre

...

La Grande Place

...






...
J'ai découvert la Galerie RX par hasard en marchant dans le haut marais de Paris, rue des Quatre-Fils. Depuis 2016, le projet de s’installer dans le marais, né de la volonté de se rapprocher de ses confrères dans un quartier où le cœur et le flux de l’art contemporain est indéniablement ancré, se concrétise avec l’inauguration de cet espace de 640m2. Cet hôtel particulier, anciennement Hôtel Gegault de Crisenoy, arbore 6 salles d’expositions publiques et privées afin d'offrir aux artistes de nouvelles perspectives et favoriser les collaborations avec des commissaires et artistes internationaux et instaurer un dialogue autour des œuvres de différents artistes de la galerie ou invités et permettant à plusieurs solo show de coexister.

Du 25 janvier au 22 février 2020 se déroule l'exposition de Kim Chun Hwan, présentant des oeuvres faites de papiers pliés et collés. Au premier regard, on y voit de grandes compositions complexes, volumineuse, sombres et en même temps colorées. En regardant de plus près, elles sont faites d’innombrables petits bouts de papier pliés minutieusement et soigneusement entassés jusqu'à produire une image, un mouvement, un dégradé : un jeu subtil entre ensemble et détail, entre apparence et matière, entre suggestion et réalité.


« Laisser flotter le regard, c'est suspendre l'identification immédiate de toute chose, c'est refuser de distinguer selon l'évidence et d'assigner une place selon le bon sens. Je crée un processus qui finit par créer son propre jeu, son rythme et produit ses formes. Je ne décide pas, ni m'abandonne au hasard, mais je laisse la matière travailler, produire quelque chose. Le froissement et le collage ne sont pas des actes dictés par la précision, l'efficacité, le rendement mais au contraire des actes rituels où s'instaurent une relation intime entre l’être et l'œuvre, un rythme qui est celui de ma pulsion propre. »
Kim Chun Hwan



«

Enfant, Kim Chun Hwan adorait aller jouer à la scierie de son père. Déjà, la découpe et les copeaux, avec lesquels il s’amusait à réaliser des voitures et des bateaux. Beaucoup plus tard, au printemps 1995, il est venu à Paris et s’est installé dans un premier temps à Chatillon, chez le sculpteur Shim Moon-Seup qui lui prêtait une partie de son atelier. Il y avait là quelques caisses en bois conçues pour transporter des œuvres. Il en a récupéré les panneaux qu’il a brûlés, grattés, peints, puis striés, véritables prémices de ses futurs tableaux.

Kim Chun Hwan a alors eu l’idée de compresser quelques feuilles de magazines de mode qu’on lui avait donné, de les coller sur ses panneaux et de créer ainsi des reliefs. Quelque temps plus tard, après avoir saturé une planche de ses papiers chiffonnés, il a décidé de scier toute la surface à l’horizontale. La coupe a alors cassé le chaos originel des couleurs pour créer une autre cartographie avec les arêtes blanches nées de l’aplanissement du relief. Pour Kim Chun Hwan, la voie était tracée. Mais il a rapidement compris qu’il allait devoir récupérer énormément de pages de magazines. Cette collecte, en brocante, auprès de ses voisins ou de stocks d’éditeurs, fait aujourd’hui partie de sa démarche. Une fois ses revues entassées à l’atelier, il lui faut choisir les pages qui peuvent lui servir, les découper et constituer des piles, par dominantes de couleur et par variations d’épaisseur, dans lesquelles il pioche pour orienter la gamme chromatique désirée. Il encolle ensuite ces milliers de feuilles (jusqu’à dix mille pour une grande toile) de chaque côté, avant de les froisser dans un même geste maintes fois répété, telle la récitation d’un mantra. Après un long séchage qui rend cet agglomérat de papier aussi dur que de la pierre, vient le temps de la découpe qui dure plusieurs heures, d’abord à la scie puis au cutter, et lui permet selon la ou les profondeurs choisies de créer des rythmes, des vagues, des vibrations visuelles. Ce n’est qu’à l’issue de cette opération d’une grande maîtrise que Kim Chun Hwan découvre toutes les nuances du résultat final. 

Car si l’artiste, par la façon de chiffonner ses feuilles en mettant en avant le recto ou le verso, peut privilégier telle ou telle couleur – ici une tendance blanche sur une œuvre, là une plus rouge bleutée sur une autre, etc- il est en fin de compte soumis au hasard de la disposition initiale des boules de papiers. Kim Chun Hwan revendique d’ailleurs cette part qui lui échappe, cette dimension aléatoire de sa démarche basée sur l’équilibre entre le prévu et l’inattendu, le connu et l’inconnu, le contrôlé et l’accidentel.

Derrière son travail sur la matière et sur la possibilité d’une autre monochromie, qui en fait un digne héritier des Park Seo-Bo, Chung Sang-Hwa, Ha Chung-Hyun.. ses ainés du mouvement Dansaekhwa (le monochrome coréen), Kim Chun Hwan propose aussi une réflexion sur le temps avec, enfouies dans ces plis, les informations, publicités et tendances d’une époque contenues dans les pages désormais pétrifiées. Tout en restant fidèle à la forte tradition du papier en Corée, il dénonce également une société de surconsommation et soulève les questions de la déforestation, de l’écologie, du recyclage. Une façon d’ouvrir des fenêtres pour créer une prise de conscience et un courant d’air frais sur le monde dans lequel nous vivons.
»
Henri-François Debailleux, Commissaire.


Mon oeuvre préférée.

« Depuis quelques années, presque tous les jours, ma boîte aux lettres est remplies d’un nombre croissant de dépliants et brochures publicitaires au lieu de lettres : publicité de l’agence immobilière, du centre commercial.. Nous sommes là, au coeur de cette société de consommation et nous subissons cette saturation de produits et d’informations : les mots, les chiffres, les logos, les images de la société.

Mon travail est une réaction aux données du chaos culturel et aux mécanismes de consommation, d’accumulation des images et des informations qui régissent notre société contemporaine. Ce sont les mêmes mécanismes poussés à leur paroxysme qui président à la réalisation de mon oeuvre et qui établissent un jeu de la quantité à la surface.

Coller suppose un déplacement, qui introduit un fragment de réel dans l’espace de la représentation et tisse ainsi de nouveaux liens avec le réel. En annexant des objets du monde, le colleur réévalue son propre lien avec le réel. Mes collages ne sont pas l’illustration d’un concept, ni la projection d’un état d’âme mais une façon de m’approprier le réel par des temps différents.

Mon travail reste très différent de la méthode traditionnelle des papiers collés en ce sens que je n’opère pas de sélection particulière de fragments d’images ou de découpages de motifs précis. Il s’agit plutôt de la démarche du collectionneur qui regroupe les objets selon leur origine et des lois qui leurs sont propres. C’est un travail de gestation, un travail de temps. Les images qui peuvent m’avoir interpellé commencent à se mélanger, à se confondre ; elles vont se perdre, s’enfouir puis resurgir au moment du collage.

Laisser flotter le regard, c’est suspendre l’identification immédiate de toute chose, c’est refuser de distinguer selon l’évidence et d’assigner une place selon le bon sens. Je crée un dispositif et un processus et si je suis à l’origine du processus, il finit par créer son propre jeu, avoir son rythme et produit ses formes. Je ne décide pas, ni m’abandonne au hasard, mais je laisse la matière travailler, produire quelque chose. Le froissement et le collage ne sont pas des actes dictés par la précision, l’efficacité, le rendement mais au contraire des actes rituels où s’instaurent une relation intime entre l’être et l’oeuvre, un rythme qui est celui de ma pulsion propre.

Le geste répétitif et la répétition des papiers jusqu’à saturation créent une structure, une expansion méthodique de papiers à la surface qui permet d’installer pour le spectateur une perception globale du collage.

Mes collages sont des lieux ruinés qui restituent une histoire : celle des mouvements chaotiques de papiers et celle plus tenue encore de leur état antérieur dans la société. Cette mémoire ne serait pas une réminiscence du passé mais la possibilité d’un accès à une réalité authentique. »
Kim Chun Hwan



...




...



© Photographies Louise AVRIL






© 2019 ROUGE AVRIL