Impossible de ne pas passer à côté d'eux, que ce soit dans les nombreuses soirées underground de Paris ou d’ailleurs (petit clin d'oeil) ou dans les rues. Après une saison dernière passée sous le signe des t-shirts FILA, d’Ellesse à gros logo et j'en passe, prônée par un retour aux années 80/90 mais surtout à un univers sportif toujours d'actualité aujourd'hui, le coupe-vent ou windbreaker automnal est de nouveau dans le vent au travers du célèbre K-Way et de la Parka, elle, devenue ultra-légère. Avec leurs fonctionnalités identiques et leurs designs outre-tombe revenus à la vie, ces pièces, déclinables à souhait, apparaissent parfaites en ces jours quelques peu frais mais encore parfois ensoleillés. De simple coupe-vent en nylon ou en peaux, à véritables pièces de mode, en 50 et 80 ans, le K-Way et la Parka ont connu une sacrée évolution, clairement inattendue.

Pourquoi le K-Way et la Parka ensemble ? Parce que leurs évolutions amènent à un même produit : un coupe-vent léger, à l'allure sportive en premier lieu, puis décliné sur des tendances et styles urbains pour casser les codes. Et ce, même si ce sont deux tendances différentes et distinctes par essence, l'une partant clairement des eighties et nineties, l'autre, s'inspirant d'un vêtement grand froid puis de l'univers sportswear pour transformer complément son produit.


LE K-WAY, un manteau revenu de loin, très loin..

Pour beaucoup d’entre nous, le K-Way est associé aux manteaux qu’on nous faisait porter étant plus petit lors de sorties scolaires, de balades à la mer.. Coupe ample, capuche à ficelles et matière en nylon, le K-Way, complètement déstructuré, n'a rien d'un vêtement chic. Rangé dans sa banane de même couleur, c’est plutôt un vêtement pratique qu’on a fini par redouter d’être forcé à porter vers la fin.. Comme Dany Boon l'explique si bien. Pourtant, depuis quelques années, il connaît un véritable tournant et devient une pièce de mode à part entière.

C’est assis à la terrasse du Café de la Paix à Paris en 1964, un jour pluvieux, que Léon-Claude Duhamel imagine le K-Way en cherchant comment s’affranchir des parapluies et des chapeaux. Quelques coups de crayon et un an plus tard, le K-Way est né et devient alors la première veste de pluie en nylon facile à transporter, grâce à sa banane créée à partir d'une poche où l'on repliait le vêtement à l'intérieur. Pour l'histoire, l’idée première de Léon-Claude Duhamel était de l’appeler « en-K » (en cas de mauvais temps, par exemple), mais l’inventeur s'est rallié à l’idée de l'Agence Havas, qui proposait un nom plus vendeur et plus américain et « en cas » devint « K-Way ». Avant tout un vêtement utile, il est pratique et léger (ne pesant que 300 grammes), bref, c'est un manteau facile à transporter et à ranger, unisexe, universel et au final, ultra simple. 

« Il faut bien comprendre que le K-Way a pris sa forme quasi-définitive à la cinquième année. Avant, il a beaucoup évolué. La deuxième ou troisième année, je jouais avec l'un des coupe-vent. Je le triturais dans tous les sens et, sans vraiment le vouloir, je l'ai rentré dans sa poche. A l'époque, il n'y avait pas encore de grande fermeture, et il y avait une grande poche plaquée au centre. Après l'avoir rentré dans sa poche, je me suis dit que ça pourrait être pratique de le ranger comme ça. On a alors travaillé à un moyen facile, et c'est comme ça qu'est née la banane. Au début, elle était tenue par un simple bout de tissu replié, puis ça a été un lacet, puis un cordon, et finalement un élastique. »
Léon-Claude Duhamel

Il faut savoir que les premiers exemplaires ont été vendus pour à peine plus de 10 francs par les 3 Suisses, en 1965. En fait, tout est parti d'une idée de les vendre dans les stations essences, avec des offres où, pour 3 francs en plus du plein, on repartait avec le coupe-vent. « La première année, on en a vendu 250 000 pièces, alors même qu'on n'avait pas les moyens d'en produire autant. C'était fantastique. »

En parallèle, à partir des années 1970, le K-Way devenu un énorme succès commercial, la marque s'associe avec l'équipe de France de ski alpin et développe une gamme de vêtements de sports d'hiver. Il entre par la même occasion dans le vestiaire officiel des clubs de football.

En 1980, ce même K-Way se retrouve sur les épaules de Sophie Marceau dans le film La Boum.



Entre temps, K-Way est copiée et devient victime de la concurrence asiatique et finit par disparaitre aux yeux du monde, passant de mains en mains, en vain. En 2004, la marque est rachetée par le groupe turinois Basic Net (son actuel propriétaire), qui possède aussi Kappa et Superga. Derrière ? Un but de repositionner la marque sur un segment premium. Pendant près de 10 ans, la marque va continuer d’être distribuée sur le marché étranger, exit son pays d’origine. C’est seulement en septembre 2013 que le K-Way fait son grand retour en France. En fait, même si les gens ne voyaient plus de K-Way dans les rues, la marque a toujours bénéficié d'un très fort capital sympathie..

En septembre 2013, la marque ouvre alors sa première boutique à Paris, rue Charonne, dans le 11ème arrondissement. Le défi ici est de séduire la nouvelle génération : le nylon est remplacé par une matière plus respirante et la coupe devient plus cintrée. Pour satisfaire le public parisien, la marque multiplie les collaborations, qui est un des points qui la aidée à retrouver ses galons : A.P.C, Versus Versace et Maje, en 2014 (photos ci-dessous). C'est d'ailleurs cette dernière collection capsule de Maje pour K-Way qui a placé plus que jamais ce délaissé, au rang d'accessoires de mode les plus cools et chics. Dans cette collection imaginée par Judith Milgroom, on retrouvait 4 modèles de K-Way rétro et féminins, à la fois élégants et sportswear. Manches ¾ et imprimés léopard, le K-Way de Léon-Claude est ici totalement revisité. Cette même année, Basic Net fait appel à Marc Jacobs, qui le réinterpréte dans une version en coton imperméabilisé.



Malgré le fait que la marque soit devenue un nom générique pour un vêtement et qu’elle reste connue par le grand public, elle a tendance à renier son passé pour recréer une nouvelle perception du produit, tout en gardant un côté sympathique.

Bien entendu, côté prix, le constat est le même : le K-Way des années 90 qui coûtait à l’époque 65 francs à vu son prix augmenter de manière exponentielle.. Pour une pièce basique, on commence désormais à 99 euros sur les modèles originaux, pour passer à 139 euros pour les colletions de saisons, jusqu'à plus de 350 euros pour les modèles plus épais. Aujourd'hui, le K-Way se décline dans toutes les couleurs et affine sa coupe pour être à la pointe de la mode. Mais la marque ne renie pas totalement ses racines : à l’instar du patronyme de son créateur, les modèles Léon et Claude restent les grands classiques, toujours présents dans les collections permanentes pour mettre en avant l'empreinte Française et lui rendre hommage.


Parallèlement, l'avancée des tissus techniques et le positionnement haut de gamme des grandes enseignes de sports, aujourd'hui, l'élèvent au rang de pièce de mode, infiniment déclinable. En effet, depuis le retour des années 80/90 depuis déjà trois ans maintenant, le sportswear n'a jamais été aussi porté en même temps par différentes cibles, parfois à des opposés des plus extrêmes. Les grandes marques de vêtements de sport imposent alors leurs codes, des sneakers aux survêtements. Le K-Way apparaît comme la touche indispensable pour compléter cette silhouette nostalgique, rendant la dernière veste color blocks de Nike ou d'Adidas, l'accessoire le plus in.

Et toutes les marques semblent l'avoir compris, car depuis peu, elles proposent toutes leurs propres modèles, alliant effets techniques, couleurs, formes.. aux visuels des plus simples, reprenant alors son image ici d'origine. Toutes, veulent alors leurs modèles à la Fila, voyant, flash et coloré.


Aujourd'hui, on retrouve donc ce K-Way à la fois chez des marques déjà imprégnées d'un style sportswear telles que Nike, Adidas, Reebok, FilaKappa, Puma, Ellesse, Champion.. où il était déjà implanté, mais tout aussi chez des enseignes de FastFashion telles que Pull and Bear, Bershka, Promod, Etam, H&M, Zara.. ou encore de marques moyen de gamme comme Caroll, Kookai, American Vintage (qui jusqu'à là, ne faisait que du coton ou de la laine)Sinéquanone.. et même aujourd'hui, chez des maisons de prêt-à-porter haut de gamme/premium telles que Sandro, Moncler, Liu Jo, Claudie Pierlot, Twinset, Ba&sh, Opening Ceremony ou encore Helmut Lang. Qu'elles aient un style classique ou qu'elles soient contemporaines, toutes, sans exception, se prêtent au jeu et l'adopte dans leurs collections, s'appropriant ses codes dans leurs propres univers. 

Quand le Luxe reste encore un peu frileux sur la tendance..


À partir de l'année 2017, il commence à apparaitre discrètement et timidement sur les podiums des défilés prêt-à-porter Croisières et Printemps/Éte, en plein pic et effervescence du bomber, notamment chez Paco Rabanne lors du défilé Croisière 2017 ou encore chez BurberryKenzo et chez des maisons à l'esprit sportif telles que Lacoste lors de leurs défilés respectifs Printemps/Éte 2017. Mais le ciré et l'imperméable font alors mouche et arrivent sur le devant de la scène, prenant un peu de place et l'effaçant, entre transparences et effet glossy.

C'est en 2018 qu'il s'élance un peu plus, même s'il reste très frileux, jusqu'aux défilés Croisières et Printemps/Été 2019 et 2020, où il apparait là, sur de nombreuses collections, comme chez Stella McCartney, Poiret, Paul & Joe, Louis Vuitton ou encore Mame Kurogouchi pour 2019 et chez Balenciaga, Christian Wijnants, Issey Miyake, Jarel Zhang, Tatras, Off-White, Nehera, PradaYeohlee.. pour les collections de 2020. Cependant, certaines maisons comme Christian Dior ou Hermès ne sautent pas le pas, ou garde cette pièce expressément pour le dressing masculin.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que le K-Way s'adresse plutôt à une cible jeune, celle d'ailleurs qui suit de très près ce retour aux années 80/90 qu'elle n'a souvent, même pas connues. Derrière, ce sont donc des marques essayant de s'approprier cette nouvelle cible, qui arborent ce type de pièces, à l'instar de Balenciaga par exemple. Une nouvelle stratégie que j'explique ici.

Versace, Printemps/Ete 2017

Kenzo, Printemps/Ete 2017

Isabel Marrant, Printemps/Ete 2018

Juliana Jabour, Printemps/Ete 2018

Louis Vuitton, Printemps/Ete 2019

Nehera, Croisière 2020

Prada, Croisière 2020

Y.Project, Printemps/Ete 2020

Tatras, Printemps/Ete 2020
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La Parka ultra-légère, un manteau pourtant venu du froid

Alors que le mot « parqaaq » (en langue Inuit) signifiait chaleur et faisait référence au cocon chaud que garantissaient ces vestes lors de leurs créations, et ce, peu importe la température, la parka d'aujourd'hui, elle, toujours proche des premières esquisses, n'a plus grand lien avec son patronyme. Devenue ultra-légère et gardant sa longueur voir en l'élargissant, elle suit le renouveau du K-Way en se donnant une nouvelle allure proche de la tendance : souple, fine, protégeant de la pluie et du vent, mais.. plus vraiment du froid.

Vers 1909, Roald Amundsen, marin et grand explorateur norvégien, entame une exploration du Pôle Nord. Devancé, il décide alors d’un projet d'expédition inédit qu’il garde secret : se rendre dans une terre plus lointaine et être le premier homme à atteindre le Pôle Sud. Cependant, apprenant que le britannique Robert Falcon Scott, un officier de la Royal Navy et explorateur polaire s’apprête aussi à appareiller, il décide de réagir rapidement. 

Le 14 décembre 1911, il parvient à l’atteindre le premier, devançant son rival, grâce à des skis, des chiens et.. d'une large veste en fourrure et peau de phoque, dotée d'une capuche et s'arrêtant à mi-cuisse. Robert Falcon Scott se fera non seulement devancer d’un mois, mais mourra sur le chemin du retour avec ses 5 co-équipiers, tous victimes d’épuisement, de faim mais aussi de froid. En effet, pensant que cette tenue était désuète, il adopta un équipement plus moderne. 

Les clés du succès de Roald Amundsen ? Une préparation aiguisée, nourrie d'enseignements tirés durant sa précédente expédition au Pôle Nord. En effet, Amundsen avait compris toute l’importance des chiens de traîneaux pour son projet, mais aussi la supériorité des vêtements en peau de caribou ou en peau de phoque sur des vêtements modernes. Durant son voyage, il rencontra des populations inuits et aléoutes qui, depuis des décennies, résistent aux conditions climatiques rudes dans ces territoires en portant ce type de vestes cousues en boyaux de phoques.


Vers la fin des années 40, pendant la seconde Guerre Mondiale, la parka refait son apparition lorsque l'Armée de l'Air américaine entame des explorations polaires. Les pilotes américains, qui se heurtaient à des conditions climatiques extrêmes, furent munis d’une veste s'inspirant des équipements des esquimaux : la « USAF N-3B », une parka en laine imperméable, doublée, avec une capuche bordée de fourrure. 

Plus tard, en 1950, cette veste sera modifiée durant la guerre de Corée. Nommée parka « US - M51 » ou « fishtails » (car son dos se finissait en queue de poisson), cette nouvelle création, plus légère grâce à l'utilisation de coton et de doublures amovibles, large et moins chère, était prévue pour des missions hostiles. C’est d’ailleurs grâce à ce passage américanisé, qu'est né le nom que nous connaissons aujourd'hui : la Parka.


Dans les années 60, la parka Fishtail quitte les rangs de l'armée et devient le symbole d’un mouvement de protestation : de nombreux étudiants la décoraient de symboles de paix et de colombes. C’est aussi à partir de ce moment-ci qu’elle intègre les rangs de la mode, principalement du côté de l’Angleterre. 

En premier lieu, ce sont les « Mods », des jeunes londoniens branchés et se déplaçant en bande en chevauchant leurs scooters, qui l'adoptent et la portent sur leurs costumes, avec les modèles « US - M51 » ou encore « US - M65 », au moment où la folie Pop envahit l’Angleterre, menée par les Beatles, puis par les Stones, les Kinks et les Yardbirds. Ils portent le revers de leur veste très fin, aiment les cravates, les polos, et les mocassins « Penny Loafers », popularisés quelques années plus tôt par Kennedy. Ensuite, c’est au tour des Grunges de la porter, vers la fin des années 80 : Kurt Cobain, Pearl Jam ou encore Liam Gallagher (qui commercialisera d’ailleurs sa propre parka) avant qu'elle ne tombe dans l'oubli.


Dans les années 2000, la parka est reprise sous la forme de son premier modèle : capuche fourrure et manteau épais, cintré à la taille. Mais peu à peu, devenue trop commune, elle se transforme en manteau basique, dénué de personnalité.

Le Sport, comme moteur de légèreté

En 2015, le tendance Athleisure, un croisement entre le streetwear et le gymwear, se fait entre apercevoir (avant de prendre véritablement de l'ampleur en 2016), prônant un mode de vie sain et prouvant que le style et le confort ne sont pas incompatibles : une tendance qui s’inscrit plus largement dans le mouvement de « healthy attitude », touchant aujourd’hui tous les secteurs, de la cosmétique à la food, en passant par le lifestyle et la mode. Ici, il n'est pas question de retour aux années 80/90, tendance qui verra le jour deux ans plus tard, mais plutôt de tendance sport par essence. C'est d'ailleurs à ce moment que les marques de sport telles que Nike, Adidas ou encore Reebok ont commencé à être (re)mises en avant, au travers des photographies Instagram d'influenceurs adeptes du fitness et prônant ce mode de vie, ainsi qu'aux collaborations faites, comme celle d'Adidas et Stella McCartney ou de Nike et Sacai.

Ces créations de collaborations entre créateurs et marques de sports permettent alors de revisiter la Parka, en s'inspirant des modèles de vestes sportives déjà proposées par ces géants, alors très proches du design du K-Way, par leur souplesse et leur finesse dites techniques à ce moment-ci. La Parka devient un nouvel accessoire de training, plus chaud, plus long et plus rigide que les vestes déjà proposées, laissant toujours libre de ses mouvements, avec comme nouvel attribut : l'ultra-légèreté.

Mi-longue ou longue, aux détails réfléchissant la lumière parfois, pour donner cette allure sportive et.. toujours dans un volume ultra fin, elle n'a plus grand chose à voir avec la parka army fourrée qui arpentait les fonds de magasins et dont plus personne ne voulait. Très vite, elle est repérée et détournée par des créateurs opérant dans un style sportswear, à l'avant-garde, tels que Julien David lors de sa collection Croisière de 2015. Devenant ultra-légère, la Parka commence alors sa nouvelle évolution et revient petit à petit sur le devant de la scène, transformée.

Julien David, Croisière 2015

Une approche streetwear par le Skate

Devenue maintenant ultra-légère, à contrario d'être fourrée et volumineuse, la Parka, telle qu'on la connait aujourd'hui, est pourtant encore très loin des modèles proposés ci-dessus, eux, ancrés dans un univers sportif. En fait, en y regardant de plus près, son évolution par la suite est opérée par un second univers bien distinct : l'univers du skate. Mis en avant depuis quelques années, notamment par l'émergence de la tendance du Workwear (plus ou moins au même moment, en 2016, et principalement masculine), avec des marques comme Carhartt, Neighborhood, Dickies ou encore Vêtements, mais aussi plus récemment du style Scrumbo, prônant des marques comme Thrasher et Rip'n'Dip ou encore par des collaborations luxueuses comme avec Supreme et Louis Vuitton, il s'inscrit plus généralement dans un segment urbain, et donc streetwear, que sportswear.

Au moment où le K-Way revient sur le devant de la scène, prônant un coupe-vent in et coloré, un autre style de coupe-vent, venant tout droit de ces mêmes marques, très proche de la Parka Fishtail et reprenant ses nouveaux attributs de légèreté, s'immisce alors en proposant une empreinte plus urbaine, plus dark et surtout très masculine, du fait de la cible principale des marques qui l'ont propulsé.


Et comme on l'aurait attendu, côté Prêt-à-Porter de luxe, c'est aux défilés Printemps/Éte 2017 que cette Parka s'immisce et montre visuellement cette mutation, là où le Street Style observé l'impose déjà petit à petit.. En 2018, la collaboration entre Nike et Off-White impose de nouveau cette Parka ultra-légère, à la fois technique et urbaine, où gros logos et inscriptions fusent. Suivant le pas, c'est aux défilés Croisière et Printemps/Éte de 2019/2020 qu'elle s'affiche rayonnante et mute distinctement. Et on ne compte plus les marques s'affichant en gros sur ces modèles, à l'instar de Balenciaga, Burberry, Kenzo.. La tendance de l'imperméable en plein boum au même moment, fait d'elle un accessoire de mode à part entière et différentiel.

Aujourd'hui, cette Parka se décline en deux styles : la fermeture kangourou (qui s'enfile par la tête directement) et la fermeture droite (qui se ferme soit par des boutons à pressions, soit par une fermeture éclaire).

Au niveau des épaules, elles sont toujours tombantes, la couture étant placée plus bas. Néanmoins, on arrête jamais la mode et on peut alors voir des Parka aux épaulettes émerger bientôt.. Côté style, je dirais qu'il y a deux univers distincts : l'univers sportif, marqué par des parka aux allures techniques, en nylon ou coton déperlant, forgées par des effets, des bandes, des couleurs réfléchissantes ou color blocks, des accessoires ajoutés ou encore même des inscriptions. De l'autre, l'univers urbain, très emprunté au style japonais et marqué par des parka élancées, structurées et longues, un peu à la Matrix.

Kenzo, Printemps/Ete 2017

Paul & Joe, Printemps/Ete 2017

House of Holland, Printemps/Ete 2019

Christian Dior, Croisière 2020

Victoria/Tomas, Printemps/Ete 2020

Dries Von Noten, Printemps/Ete 2020 - Hugo Boss, Printemps/Ete 2019

La parka a donc su traverser de nombreuses décennies en évoluant petit à petit vers un modèle plus fin. À l’origine faite pour combattre le froid, elle devient un accessoire de mode gardant son effet coupe-vent et sa particularité d'être libre dans ses mouvements.. pour la vie de tous les jours.

Concernant les marques, Makavelic, Awake NY, Acronym Rip N Dip Carathh Wip Stussy Dickies


© Louise AVRIL
Je viens de découvrir la deuxième édition d’UAF - SOLO SHOWS, un événement en marge de son éponyme et célèbre Urban Art Fair, se déroulant du 15 au 20 octobre 2019, rue de Turenne à Paris dans le cœur du marais.

Cette seconde édition accueille une dizaine de galeries spécialisées dans l’art urbain dans le but de marquer son soutien à ces dernières. L’événement investit aujourd'hui plusieurs espaces ELLIA tout le long de la rue (disposés aux numéros 10 et 19 plus exactement), prônant une sélection de galeries, d’artistes et d’installations. L’objectif est clair : dynamiser une des parties les plus emblématiques de la rue de Turenne par l’art et ainsi, promouvoir les galeries parisiennes et démocratiser l’art urbain.


Le credo ? 1 GALERIE = 1 ARTISTE.

Le format 100% solo shows est quasiment inexistant dans le paysage des salons d’art contemporain. L’évènement vise à démontrer son importance pour la compréhension de l’art, notamment quand il s’agit d’un mouvement à la fois émergent et déjà très populaire paradoxalement. Donner à voir et à comprendre implique forcément une forme de responsabilité, un choix. Ici, il est question de montrer différemment et de déshabituer. Cependant, je pense que c'est surtout une question de mieux comprendre l'artiste et mieux le dévoiler, le mettre en lumière, avec une volonté de vraiment faire connaître son travail, sa complexité et parfois ses évolutions. La plupart du temps, dans les expositions collectives que l'on peut voir dans les foires d'art, on arpente tous les recoins du stand à la recherche de l'oeuvre qui va nous faire chavirer. Ici, si on aime l'artiste on reste, dans le cas contraire, on trace son chemin.


Le 10 rue de Turenne (Ancienne galerie Nikki Diana Marquardt)

Sur 500m2, deux thématiques sont abordées : l’abstraction et la figuration. Concernant la section Abstraction, on retrouvera des oeuvres comme "la boucle est bouclée" entre gestes et couleurs flashy de Franck Noto aka Zest (Paradox Gallery), JonOne et ses lettrages acryliques (Galerie Brugier-Rigail), Alexandra Hedison (H Gallery), une installation centrale de Lek qui explore l'espace public par la déconstruction comme avec "Wood 3" (Galerie Joël Knafo), ainsi qu’une fresque monumentale de L’Outsider (Ground Effect) sur 11m de long, qui me rappelle le travail de Tanc avec "New Horizons". Enfin, pour la section Figuration, l’art du portrait sera mis en avant sur pellicule avec le portraitiste Philippe Bonan, qui a immortalisé depuis plus de trois décennies, les visages des plus grands artistes contemporains urbains, tels qu'Invader, Keith Haring, JonOne, Ernest Pignon Ernest.. et sur portraits sur toile avec Marchal Mithouard aka Shaka et ses personnages nervurés et fragmentés (Galerie Lazaret), Arnaud Rabier aka Nowart par entrecroisements géographiques infinis (Galeries Barthoux) et enfin, Alexandre Monteiro aka Hopare, dont les styles traitent à merveille de la complexité de l’être et notre intérieur.

En parallèle, jouant avec l’aspérité de la rue et des murs, deux immenses artistes opposent leurs styles et se complètent pour créer une œuvre extérieure gigantesque. L’abstraction de LEK, point central du grand espace intérieur, se déploiera à travers une fresque au sol reliant l’ensemble des espaces d’expositions de la rue de Turenne. L'artiste Hopare, quant à lui, réalise une œuvre figurative de 6 mètres sur 13 mètres arborée sur la façade de l'entrée.



Hopare reste pour moi, l'un de mes artistes préférés. Les couleurs qu'il utilise sont toujours flamboyantes à travers le noir contrastant. Elles font ressortir les traits de visage insoupçonnés qui devient alors de toute beauté. À elles seules, elles forment presque un certain éclairage dans la pièce ou la rue où l'oeuvre est disposée.


J'ai découvert ensuite l'artiste Nowart et son travail issu de sa passion pour le graffiti, le lettrage, le Cubisme et l’histoire de l’art. Un savant mélange complexe et coloré, presque toujours différent dans sa manière d'être remplit et comblé si l'on regarde de plus près. Je me suis d'ailleurs demandé si certaines de ces oeuvres étaient créées depuis des photos, voyant quelques fois dans le fond des sortent de morceaux de journaux. Tous les portraits traduisent une dimension psychologique, émotionnelle et esthétique forte lorsqu'on les regarde et renouvellent en quelque sorte le genre de l’autoportrait.

Parmi ses nombreuses sources d’inspiration, Pablo Picasso est un guide incontesté dans la trajectoire artistique de Nowart. À l’origine du mouvement cubiste, l’œuvre de Picasso amène l'artiste à se pencher sur un espace pictural qui n’est plus l’imitation de la réalité.


JonOne où l'artiste que je rêverais d'exposer partout chez moi. Je suis toujours subjuguée lorsque je me retrouve face à ses oeuvres. J'aime ce mélange de couleurs comme parsemées à la main.









Le 19 rue de Turenne

Le parcours continue à travers plusieurs boxes disposés le long de la rue les uns après les autres au 19 de la rue de Turenne. Je découvre en premier l’espace de la Galerie Artcan, qui présente des œuvres sur toiles de l’artiste Spyk, dans un univers immersif créé in situ par l’artiste. Je suis bluffée. En fait, il m’attire dès l’entrée, de loin, par des vitres qui rappelle la condensation retrouvée sur certaines toiles, cachant et dévoilant à la fois ce qu'il détient, par des couleurs bleues électriques et éclectiques jaillissantes à certains endroits.

Concernant les autres boxes qui n'apparaissent pas dans mes photos et inspirés de l’esprit « multiples », celui qui suit présente des éditions d'Invaders (Galerie Ange Basso),  un artiste dont je suis moins fan hors rue, un autre offre une exposition d’esquisses de graffiti proposées par la Taxie Gallery et nommée "Sketches", avec des performances d’artistes dans un format sur toile ; un quatrième présente des séries petits formats sur bois de Bezt from Etam Crew (Galerie MyFinbec) et enfin un cinquième, arbore des présentations quotidiennes d’éditions sur papier des artistes de la Galerie Joël Knafo et de celle de Litho Online tels que C215, Miss Tic, Stan Manoukian, Logan Hicks.. (essentiellement du print). Je ne vous cache pas que c'était peut être moins ce que j'attendais et recherchais et que je ne me suis donc pas plus attardée dessus, même si vu.


Le travail de Spyk est hallucinant, déroutant. Il vous plonge dans un univers inconnu. Je ressentais la nuit et ses éclairages, comme si j'y étais. « Nowhere, but here », c’est l’histoire d’un road trip à travers les Etats-Unis à bord d’une vieille Buick. Un rêve de môme, comme dans les films américains. Faire défiler les miles, manger la poussière, arpenter les grands espaces.. Pas d’humains, mais place au silence, à la pluie colorée par les néons et à la brume matinale sur fond de paysages désertiques. Le temps est figé et si l’on est certain d’être aux US, on ne sait en revanche pas exactement où l’on vient de mettre les pieds tant l’esthétique est immuable. L’hyperréalisme des scènes dépeintes flirte avec le rêve et le fantastique, quant aux couleurs irréelles, elles nous plongent dans une atmosphère cinématographique, nous invitant au doute et à la réflexion.

Je n'ai vu ça nulle part ailleurs. Les détails sont invraisemblables et totalement dingues, tous faits par aérosols. J'en suis même fan. Une très belle découverte qui me laisse encore scotchée.







Le 18 rue de Turenne (Le OFF d'UAF)

Enfin, un peu plus loin se situe dans un dernier espace, l'Ellia Art Gallery, une dernière exposition OFF de l'évènement, offrant des oeuvres de Raphaël Federici et du collectif parisien Le Mouvement, connu pour son oeuvre majeure, "The Umbrellas".

J'avais déjà vu le travail du collectif dans des rues de Paris. Il présente un mélange de réalisme et de poésie faisant appel à la « narration de la figuration » et à la « technique du collage photographique ». Malheureusement, je suis moins touchée et moins fan de ce travail trop coloré sunshine à mon goût. Je pense que c'est essentiellement une question de couleurs, cependant les collages ne m'attirent guère non plus et les personnages ne me renvoient rien. Je n'arrive pas à me plonger dedans ou ressentir un chavirement. C'est plus surprenant dans la rue, effectivement, ça donne aussi un peu de couleurs à certains murs trop gris de Paris. Mais je n'ai pas cet arrêt sur image, qui me prend aux tripes et où je suis fascinée, tellement je trouve une forme, des couleurs ou un dessin beaux et qu'ils me parlent.. Comme ceux que j'ai eu sur deux toiles de Raphaël Federici, juste à côté.


Revendiquant assez tôt le mouvement lowbrow, à l’époque pas très connu en France et dont les messages sont généralement subversifs, Raphaël Federici a démarré avec des icônes comme Mickey et Popeye qu’il détournait, pour finir par trouver ses personnages : le marin, l’indien, l’astronaute.. sous forme d'un perso à barbe blanche.

Très souvent comparé à Basquiat et appliqué dans le fauvisme par ses projection de couleurs et ce côté très bande dessinée, cet artiste multiplie les supports, à la fois dans la rue sur des murs que sur des toiles, mais aussi par des sculptures ou encore de la menuiserie. J'ai été très touchée par ses portraits, surtout lorsqu'on lit les titres des oeuvres et que tout donne sens alors. Un autre sens. Ce que j'aime dans l'art, c'est qu'on est toujours surpris par les interprétations, la nôtre, celle de l'artiste ou encore celle des autres. Chacun y voit quelque chose et c'est cela qui est beau, quand l'oeuvre nous parle et qu'on est alors touché, bien entendu. Pour imager mon propos, je vous laisse découvrir cette oeuvre ci-dessous..


Cette dernière se nomme "Flashball". La seule chose pire que d'être aveugle, c'est d'avoir des rêves mais pas de vision pour les voir.

Celle d'en dessous, "Le Baiser", est de loin ma préférée. La couleur rouge me signifie énormément de choses en fond. Elle peut faire office d'amour, de colère, de passion, mais fait référence aussi à plein d'autres images que j'ai en tête à ce moment là. Je crois même avoir vu la prise de la Bastille quelques secondes.. Derrière, ces deux perso arrivent à me faire vivre une émotion tant j'en sens le mouvement qui s'en dégage, tel un saut.

Sur ces jolis mots, c'est ainsi et ici que j'ai fini l'évènement.



© Photographies Louise AVRIL






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