On recherchait dans l’Hexagone avec une copine une destination encore jamais faite pour cinq jours, loin du hit-parade de l’été où toute la populasse se donne rendez-vous, bref, une évasion « coupure » sur un weekend prolongé. On avait en idée un petit village Français sympa à découvrir, aux senteurs provençales ou languedociennes, où le soleil nous ferait de l’œil en plein mois d’août, à travers un jardin où l’on aurait disposé nos serviettes, créant cette brillance sur les reflets de l’eau d’une piscine, non loin de nous, par sa réverbération.


Pour cette petite escapade, n’étant pas véhiculées, nous cherchions donc à être près à la fois d’une gare mais tout aussi du centre-ville pour faciliter nos déplacements, désirant un lieu ensoleillé et chaud où il ne risque pas de pleuvoir, ainsi qu’un village ou petite ville historique à visiter aux décors guère remplacés par des immeubles modernes style station balnéaire, mais offrant une architecture pittoresque et rocailleuse, fleurie telle une carte postale.

L’idée nous prenant fin juillet pour partir sur la semaine du 15 aout, peu de locations restaient encore disponibles. En explorant via Google Maps les deux régions qui nous promettaient du soleil et en évitant les lieux plébiscités par les sites de locations familiales à l’ancienne où les locations se font du samedi au samedi dans des résidences prônant alors un séjour que je voyais déjà de très loin : « torses nus en ville, marots qui crient et vendeurs de glaces sur la plage à foison = beaufland nous guète », nous nous sommes d'avantage intéressées à des villes telles que Carcassonne, Béziers, Orange, Avignon, Grasse ou encore Nîmes. On apercevait alors dans notre esprit ce fameux petit village fleuri, historique et dans les terres que l’on recherchait, ainsi que cette escapade tant imaginée. Mais très vite, les villes affichent complet et les seules locations qui restent, lorsqu’il en reste, sont très excentrées des centres-villes, sans moyens de transports pour nous y amener et donc se déplacer. Seule solution pour trouver notre séjour pépite imaginé, explorer un nouvel item inédit :
« les chambres privées » sur Airbnb. 

Sur le moment, je reste sceptique, mais alors.. très sceptique. Dans ma tête, je revois tous les films d’horreur que j’ai emmagasiné depuis ma tendre enfance, commençant à sortir tout l'attirail tel une liste avec bulletpoints de ce qui pourrait se cacher derrière ces annonces, à la « Welcome Home » de George Ratliff, si vous voyez le genre.. Quelques recherches approfondies plus tard avec ce nouveau mode de logement et sur ces mêmes villes (et convaincue, me disant que cela reste un expérience et puisqu'il n'y a pas d'autres choix), là même encore, il ne reste que peu de locations libres. Mais les plus jolies et les plus sympas se situent à Avignon, qui nous semble alors parfaite, faisant déjà alors partie de nos préférences du début. La ville offre en effet de nombreuses découvertes en termes de visites et la météo y est attirante, ne laissant pas place à de mauvaises surprises que le mois d’août cache souvent si bien.

Trois maisons correspondent. Sur les trois messages envoyés, deux me répondent le soir même que les locations sont bien libres et que c'est ok. Cependant, un flot de questions me tiraillent, moi n’ayant jamais fait de chambre privée, comment cela fonctionne-t-il ? Ne voyant pas de photographies de la cuisine par exemple, comment je fais mon café le matin ? Comment peut-on se faire à manger ? A-t-on accès à une cuisine, à un frigidaire.. ?
Et là, c’est le drame. Un des deux premiers propriétaires me répond que nous n’avons ni accès à la cuisine et à ses équipements, ni encore à un espace pour manger et que par conséquent il faudra manger à l’extérieur matin, midi et soir. L’autre, placé à 10 minutes en bus du centre-ville dans un quartier-village voisin, me répond quasiment la même chose, mis à part qu’un petit frigo est installé dans la chambre et que nous pouvons disposer de leur cour privatisée à la chambre pour manger, en plus du jardin, à condition de ramener assiettes, couverts etc. Ça paraissait à la rigueur plus faisable que l’autre, quoiqu’un peu camping sur les bords quand même : parfait pour un weekend dépaysant mais pour cinq jours, ça nous paraissait légèrement contraignant. Bon ok, c’était le café qui m’omnibulait et je n’ai pas de cafetière à piston. On commençait de nouveau à être un peu défaitistes car l’escapade qu’on imaginait, même lorsqu’on trouvait de nouvelles solutions face aux coups, apparaissait à chaque fois avec nouveaux « hics » qui l’a rendait alors de plus en plus loin de ce qu’on avait espéré. Le truc, c’est qu’on s’était fixé un budget et qu’on n’avait pas envie de dépenser des milles et des cents pour une escapade « coupure » qui rimait plus avec campagne et petites visites qu’Ibiza et soirées fiesta. Mettre plus par exemple que le séjour entier à Barcelone qui suivait, c’était juste inconcevable. On commençait à revoir notre destination vers la Bretagne et la Normandie.. je crois qu’une larme mentale à coulé dans mon esprit en pensant à nos peaux écarlates et on voyant les maximales à 19. Le lendemain, j'ai reçu une réponse de la dernière et troisième location. Tout de suite, je pose les questions fatidiques. De là, on allait aviser. C’est alors que la chose la plus improbable et inespérée nous a refaite rêver : le couple me répond qu’il y a à disposition dans les commodités prévues en plus de la chambre, une cuisine équipée et un salon et qu’on est donc pas cantonnées à la chambre, en plus du magnifique jardin de 600 m2 avec piscine, mais petite perle ajoutée, qu’ils ne seront pas là pendant la durée notre séjour, seulement pour nous donner les clés A/R et qu’on peut alors disposer du jardin etc en toute tranquillité, et tout ça, pour le prix d’une chambre privée. Autant vous dire qu'on a booké la location en 5 secondes.

En fait, l'item chambre privée sur Airbnb est un mélange entre les chambres d'hôtes façon gites de France, qui proposent ici parfois le petit déjeuné moyennant argent, et un genre de colocation. Certains ne proposent que la chambre avec parfois une salle de bain privative (et un jardin s'il y en a) et vous n'avez alors accès à rien d'autre, d'autres offrent en plus de la chambre, des espaces communs : comme une cuisine, un salon..





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Pour découvrir Avignon, nous avons séparé la ville en trois parties : le Centre, l'Ouest et l'Est, qui demeurent des quartiers bien distincts.

Le Quartier Centre d'Avignon

Pour le visiter, nous avons démarré du bas, c'est à dire à l'entrée principale de la ville où est placée la Gare d'Avignon Centre, en prenant et montant la rue Cours Jean Jaurès. Arrivées tout en haut d'Avignon, nous redescendions par le côté droit du quartier centre, non exploré en amont. En d'autre terme, nous faisions la partie gauche du centre en remontant la ville, puis la partie droite du centre en redescendant.

Le premier lieu que nous rencontrons est l'Office du Tourisme qui chevauche le Temple Saint Martial (servant de temple protestant mais aussi de théâtre lors du Festival), placés tout deux dans le joli Square Agricol Perdiguer. En le traversant, nous sommes tombées sur l'Eglise des Célestins située sur la Place Des Corps Saints, où se dessine une multitude d'affiches et de flyers de pièces de théâtre accrochés tels des banderoles, autour et au dessus des tables de cafés et restaurants, qui forment ensemble une ambiance chaleureuse et festive tant les couleurs sont vives.

En reprenant la rue centrale, qui devient alors la rue de la République, nous croisons le Musée Lapidaire dont les collections sont essentiellement architecturales et archéologiques (les collections permanentes sont ouvertes au public et gratuites). On y trouve des objets d'antiquités Grecques, Romaines, Paléo-Chrétiennes et Etrusques tels que des objets d'arts ou encore des pierres gravées. Arrivées en haut de la rue, surplombées de boutiques peu dépaysantes comme l'Occitane, Orange, André, la Fnac ou encore Nespresso, nous découvrons un endroit quelque peu caché dans une petite ruelle sur la droite formant une mini place nommée Place Louis le Cardonnel : le Palais du Roure.

Le Palais du Roure

Ancien Hôtel de Baroncelli-Javon, un hôtel particulier construit au XV siècle, ce lieu est aujourd'hui transformé en musée, présentant une demeure au style gothique remanié et consacrée à la Provence. Etalées sur un étage majestueux et un escalier somptueux, les collections s'affichent et demeurent comme si rien n'avait été bougé. La cour intérieure, elle, où se disputent plusieurs cloches éparpillées dont l'ancienne propriétaire Jeanne de Flandreysy faisait collection, est silencieuse, à l'abri des regards, mais est surtout un joyau architectural tant les couleurs sont flamboyantes, maitrisées par les rayons du soleil.
L'entrée est gratuite sans audioguide, de 10h à 18h.
Fermé le lundi, le dimanche et les jours fériés.




En haut de la rue de la République, se trouve la Place de l'Horloge, où dansent dans un rythme effrénés, touristes et restaurateurs. Je pense d'ailleurs que c'est l'emplacement le plus touristique de la ville, souvent représenté par son manège en carrousel. La journée, il y a plusieurs stands disposés tels un marché d'artisans, mais guère vraiment artisanal (seuls les tableaux à la rigueur). La plupart des commerçants présents vendent des bijoux de créateurs - puisqu'on y voit souvent une marque/nom déposés - cependant, d'une table à l'autre, ce sont les mêmes.. Je crois qu'il y en avait un seul, qui derrière sa table, faisait en live ses créations en bois et en métaux.

Au dessus de la place, se situe une seconde grande et prestigieuse place gardant en son fort, l'élément essentiel de la ville : le Palais des Papes. De l'autre côté de la place, dans les petites rues adjacentes, se dissimulent la rue de la Balance et la rue de la Grande Fusterie, où se mêlent petites boutiques de souvenirs souvent cotées par de la lavande.

Le Palais Des Papes

C'est le symbole du rayonnement de l’église sur l’Occident Chrétien au XIVème siècle et ce monument constitue le plus important palais gothique de l'Occident (avec 15 000 m2 de plancher, soit en volume 4 cathédrales gothiques). Parmi les lieux à visiter, vous y verrez les appartements privés du pape et leurs fabuleux décors de fresques exécutés par l’artiste italien Matteo Giovannetti, les jardins.. ainsi que la vue depuis les remparts de la forteresse. Vu d'en bas, il parait démesuré, tant il faut y lever la tête pour l'apercevoir à chaque coin de rue, de quoi donner le vertige.. NB: il y a souvent beaucoup de queue, privilégiez le matin.
L'entrée est à 10 euros (tarif réduit) et 12 euros (tarif normal).
Ouvert tous les jours, de 9h à 20h en été.





Passé le Palais des Papes et en montant les marches sur la Montée des Canons, nous découvrons la jolie et immense cathédrale Notre Dame des Doms d'Avignon qui domine toute la place par son élévation.

Notre Dame des Doms

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En continuant de monter après la cathédrale, se dresse devant nous un escalier partant de deux côtés amenant sur un immense rocher habillé d'un jardin qui surplombe alors la ville entière, le Rhône et ses alentours : le Rocher des Doms. Pour découvrir ses hauteurs, le plus sympa est d'y monter par les escaliers Sainte-Anne : des escaliers presque cachés dans une petite rue du même nom, plongés dans le vert au bas puis s'élançant tel un tye-and-dye vers le jaune Provence tout en haut. Ces escaliers sont accessibles par la Promenade des Papes, elle aussi d'ailleurs très belle et à faire - pour redescendre par exemple tranquillement par la montée Jean XXII qui arrive sur la place du Palais des Papes.

Le Rocher Des Doms

Comme expliqué, il y a plusieurs chemins pour y monter : 4 au total. Nous avons donc pris les escaliers Sainte-Anne, eux, plus sportifs. Arrivées tout en haut, nous avons découvert un immense panorama à 360 degrés. Au centre, se trouve un jardin à l'anglaise, arboré d'une une fontaine inscrite dans la roche et d'un bassin entouré de bancs où se prélassent poissons et canards. Cette énorme masse faite de calcaire prônant une falaise de 30 mètres de haut, servait de protection pour la ville lors de sa construction et offrait un abri précieux lors des caprices du fleuve. Elle fut aussi le berceau de la ville. Tout en haut, se trouve les ceps de la Vigne des Papes, un petit clos recréé en 1997 : 900 m2 pour 554 pieds de vigne, avec des souches de cépages provenant aussi bien du Nord que du Sud de la vallée. Un choix qui permet de respecter l’harmonie des cépages rhodaniens mais aussi d’offrir une palette chromatique et aromatique unique, véritable vitrine pédagogique sur le terroir.








En descendant du jardin et du rocher par la même occasion, nous avons pris les escaliers de la Porte du Rocher afin d'accéder au Pont d'Avignon. Pour descendre rejoindre la rive et marcher le long du fleuve jusqu'au Pont, vous pouvez aussi prendre les escaliers du Rochers des Doms un peu plus au centre/nord du jardin.

Le Pont D'Avignon (et les Remparts)

Le Pont Saint-Bénézet, ou Pont d'Avignon, est lui, l'élément le plus connu mondialement de la ville. C'est d'ailleurs ici que l'accès aux Remparts se fait : avant l'entrée du Pont se situe une zone d'accueil, le passage est sur l'un des deux côtés. Édifié à partir du XIIe siècle, il reliait autrefois les deux rives du Rhône : au Moyen Age, il s'intègre sur l'un des plus importants itinéraires de pèlerinage entre l'Italie et l'Espagne. Avant le pont, on traversait alors le Rhône en barque, mais ce fleuve que l'homme n'avait pas encore domestiqué, rendait la traversée quelquefois périlleuse. Le pont est détruit en partie en 1226 après le siège d'Avignon par le roi de France Louis VIII, mais il est rapidement reconstruit. Maintes fois réparé, l'entretien du pont devient onéreux pour les habitants d'Avignon et il est finalement abandonné quelques siècles après sa construction aux crues destructrices du Rhône. Monument emblématique du territoire, il ne conserve aujourd’hui que 4 arches sur les 22 d’origine.
L'entrée est à 4 euros (tarif réduit) et 5 euros (tarif normal).
Ouvert tous les jours, de 9h à 20h l'été.






Les visites du quartier gauche du centre faite, nous nous dirigeons alors vers la partie droite encore non explorée. En redescendent, direction l'hyper-centre, nous avons pris la rue de Banasterie nous amenant sur la Place Saint-Pierre présidée par sa Basilique Saint-Pierre d'Avignon.

La Basilique Saint-Pierre

En noyer massif Tapis du Choeur du XIXe siècle





En face, se trouve la Place Carnot adjacente à la Place Jerusalem où demeure la Synagogue d'Avignon. Encore après, toujours côte à côte, se trouve alors la Place Saint-Jean-Le-Vieux et sa Tour Saint-Jean, qui me fait penser un peu à la Tour Saint-Jacques à Paris, seule restante, parmi la ville reconstruite. Enfin, en angle droit, se trouve la fameuse Place Pie et son grand marché très apprécié : les Halles d'Avignon, un lieu incontournable pour les fins gourmets et ouvert jusqu'à 13h (fermé le lundi), qui réunit : vins, charcuteries, fruits et légumes, poissons, fromages, olives et épices.

La Tour Saint-Jean

C'est le seul vestige restant de la Commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean-De-Jerusalem, un ordre religieux et militaire. Dotée d'un cadran en 1860, elle se compose de 4 étages, mais en comptait un de plus autrefois.



Le Centre-Ville (hypercentre)

rue du vieux sextier, rue des marchands, rue rouge, rue piot, rue des Fourbisseurs + Place de la principale



Place Saint-Didier + Eglise Saint Didier + rue des trois faucons : petites boutiques


Le Quartier Ouest d'Avignon

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L'Église Saint-Agricol

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Autrefois considéré comme ringard voire un tantinet régressif, too much Petit Bateau et old school Bretagne, le « Ciré » a fait son grand retour. Devenu à la fois l'incontournable des journées pluvieuses et grisonnantes que celui des soirées printanières, on le retrouve partout, du port de pêche aux vestiaires des hommes et des femmes.

À la mi-saison, la veste de pluie peut s’imposer, même si notre chère Terre est pour le moins en ce moment assez tourmentée.. On passe alors de 2 degrés en décembre à une semaine plongée dans le coma ensoleillé approchant les 20 degrés tout d’un coup ; puis repassant à 6 degrés la nuit tombée.. Croisons les doigts pour ne pas retrouver le temps humide et venteux de novembre. Néanmoins, mars est bientôt là et ses giboulées n’ont guère disparues ces dernières années. Attention aux intempéries qui peuvent arriver et finalement faire demi-tour en fin de journée, vous laissant avec votre gros manteau d'hiver sous une température de début d'été. J'ai l'impression que toutes nos saisons sont devenues peu à peu très capricieuses.. Et cet hiver sonnant 2019 en est un exemple judicieux.

Même avec ce beau soleil et ses températures avoisinant les 15-20 degrés, dehors, je vois encore des gens en doudoune et gros manteaux d'hiver. Cependant, d'autres portent des trench et pour finir, je vois même des nanas déjà en mode été, opérant un style short et robe, les collants bien au fond du placard. Entre les pluies et averses qui surgissent et le yoyo des températures, on ne sait plus vraiment avec quoi se vêtir. On est alors tiraillé entre le manteau d'hiver, la doudoune légère ou carrément tout oublier et sortir le mince blazer, accompagné d'un foulard épais ou encore d'une écharpe pour se protéger du froid par moment.. et suffoquer de chaud la minute d'après. Le truc, c'est que la veste ou blazer certes, ne nous tient pas chaud et demeure parfait la journée lorsque le soleil tape, mais pourrait d'un instant nous transformer en chien mouillé et nous geler dès la première averse. En fait, rien de mieux que de trouver un petit ciré imperméable, léger mais couvrant de la pluie et du vent frais, pour s'habiller tout en style et avec lequel on n'aura ni trop chaud, ni trop froid, au cas où les températures se décideraient à monter ou descendre comme par magie.


UNE HISTOIRE VENUE DE BRETAGNE

L’origine du ciré jaune se perd dans l’histoire des pêcheurs bretons. À l'époque, les marins portaient un gros manteau - qui n'est qu'autre que l'ancêtre du ciré - enduit d'huile pour le rendre imperméable et teint en jaune pour permettre aux marins de mieux se faire repérer en cas de problème. Grâce à ce vêtement dont le jaune servait avant tout de repérage, ils se protégeaient du crachin et du froid, bien au sec et au chaud. Ce vêtement a été utilisé comme uniforme dans la marine pendant une vingtaine d’années, jusqu’en 1953.

Il consistait en une toile en coton imbibée d’huile de lin que l’on laissait sécher, qui rendait le coton imperméable. L’huile étant hydrophobe (impossible de mélanger de l’eau et de l’huile), les gouttes ne passait pas au travers.

Ces cirés étaient lourds de par le coton enduit d’huile, inconfortables et vraiment peu solides. En 1964, Guy Cotten s’installe sur le port de Concarneau et, avec son épouse, décide de mettre au point des vêtements en PVC plus résistants et lance alors leur propre atelier de confection de vêtements de pêche. À la demande d'un ami responsable de l'école de voile, ils réfléchissent à la conception d'une veste plus pratique à enfiler que la vareuse ou la veste à boutons pression.


« Pourquoi personne n’a encore imaginé un vêtement
qui soit aussi efficace que la vareuse et aussi pratique qu’une veste ? »


Un vêtement donc qui protège aussi bien du vent que le lourd coton enduit, tout en étant imperméable et plus rapide à mettre.. C'est la naissance du ciré Rosbras en 1966, en hommage à l'école de voile Rosbras-Brigneau. Ce ciré présente cette fois-ci une fermeture à glissière et un rabat double velcro, alliant légèreté et résistante et devient la référence de la profession. Comme bien d'autres produits naturels, l'huile de lin allait forcément s'effacer devant une matière synthétique aux multiples usages.. C'est alors que le vinyle est mis en avant. C'est d'ailleurs lui qu'on utilisa pour les disques 45 ou 33 tours, retrouvé ici, sur la base d'un ciré moderne. 

Les vêtements durent trois fois plus longtemps et le gain de confort est unanimement reconnu, au point de dépasser son usage premier, bien loin du secteur de la pêche, jusque dans toute la Bretagne.. Et bientôt dans le monde entier. Dès lors le ciré jaune devient la référence du vêtement de pluie, au point que dès la fin des années 60 et dans les années 70, il devient une véritable bête de mode.


Le ciré, en réalité, était déjà très installé comme vêtement de pluie depuis les années 30. À cette époque, il se nommait Imperméable. Dans le célèbre film de 1938, Le Quai des Brumes de Marcel Carné, l’actrice Michèle Morgan porte déjà un béret et un imperméable en plastique transparent. Derrière ? Coco Chanel. L'impact du film est tel, qu'il popularise cette tenue - d'autres films reprendront d'ailleurs ce même ensemble, comme Joan of Paris. Quant aux USA, cette tenue de pluie vit un vif succès dès les années 40 et en 1952, elle est mise en avant par un long ciré jaune dans le film Singin' In the Rain. Ce manteau finit par se généraliser et devient un des vêtements symboliques et de mode (notamment pour son côté brillant) dans les années 1960 et 1970 par le travail de Guy Cotten, qui laisse place cette fois-ci à l'appellation Ciré, alliant enfin légèreté et imperméabilité. Le maxi ciré noir devient le pendant de la mini-jupe, tout deux, des emblèmes de la révolution vestimentaire des années 60. En 1980, il y en a alors de toutes les couleurs et de toutes les longueurs, et il connaîtra de nombreuses déclinaisons en combinant la légèreté et l'imperméabilité.


Il existe une différence entre vestes imperméables et vestes déperlantes : la déperlance est la faculté, pour un tissu, de faire glisser l’eau en son long en gouttelettes. L’imperméabilité est, elle, la capacité du tissu à empêcher la pénétration de l’eau. Un tissu imperméable peut absorber une certaine quantité d’eau (à l’inverse du tissu déperlant), mais ne la laissera pas atteindre l’intérieur du vêtement.


Entre vinyle, PVC, coton déperlant ou toiles cirées.. Jeux de transparences, unis, imprimés et empiècements colorés. Classiques ou déjantés.

Repris dès 1992 par Jean-Charles de Castelbajac, avec son fameux imperméable en plastique porte-cartes-postales ou encore par Chantal Thomass, ce ciré commence alors réellement sa mutation et reprend son impulsion en 2016, jusqu'à encore aujourd'hui..



D'un côté les vinyles, entre glamour et effet glossy

Popularisé par André Courrèges, créateur du Space Age, dans les années 60 (où déferle une vague pop art, explorant sans limites les matières et les couleurs) et dans les films cultes Belle de Jour ou encore Matrix, le ciré en vinyle, boudé pendant de nombreuses années par une image souvent liée à la vulgarité, fait son grand retour sur les podiums dès 2016, notamment lors du défilé automne hiver de Lanvin.

Décliné dans des tons vifs et doux, aux accents rétrofuturistes, ce ciré imperméable n'a jamais été autant d'actualité il y a deux ans. Pratiquement sur tous les défilés automne-hiver et printemps été 2017-2018 comme chez Miu Miu, Lacoste, Wanda Nylon, Marc Jacobs, ou encore Burberry et dans tous les lookbooks des marques de prêt-à-porter ces mêmes saisons, son aspect laqué, qui se voulait transgressif et original à une époque où on ne jurait que par le tailleur Chanel, reprend dans la tendance mais finit par se décalquer petit à petit sur des accessoires dès 2019.

Le vinyle fait son apparition en premier lieu sur les bottes, futuristes et colorées, et s’étend ensuite aux cirés et aux chapeaux. On loue alors les qualités imperméables de cette laque textile très solide, véritable révolution dans le monde de la confection. Pierre Cardin fait aussi parti des premiers à utiliser le vinyle en 1970, dans ses silhouettes géométriques.



Souvent noir, rouge, jaune ou vert, il se décline maintenant dans des tons ocres, beiges et sables,
mais tout aussi dans des couleurs fluorescentes telles que le rose en fuchsia ou encore
dans des tons pastels ou encore dans des couleurs vives telles que le bleu royal..



D'un autre les PVC, entre transparences, imprimés et couleurs

À l’instar du vinyle il y a de ça plusieurs saisons, le plastique est la star inattendue depuis un an maintenant. Vous avez certainement dû remarquer en faisant les magasins que depuis peu, une pièce ovni a fait son apparition dans les rayons des boutiques. Ce ciré en plastique transparent ou coloré, à poids ou encore imprimé, avec ou sans empiècements colorés - il y en a pour tous les goûts. En effet, durant l'automne et l'hiver, les tenues adoptées sont souvent composées de pièces assez sombres.. Néanmoins, il arrive de vouloir se faire plaisir en optant pour des touches colorées ou plus originales qui ne sont pas forcément en adéquation avec les manteaux et anoraks que l'on possède, eux, à la fifty shade of grey. C'est là que le ciré en PVC transparent entre en jeu.. un jeu des contrastes.

Tout reprend en automne hiver 2017, où ce plastique translucide réapparaîtra chez Calvin Klein. Mais cette tendance ne s'essouffle pas.. Il réapparait de nouveau au printemps été 2018, avec Karl Lagerfeld, un clin d'oeil à l'avant gardisme de Coco Chanel. Matière phare du défilé Chanel au Grand Palais, cette collection présentait des cirés et accessoires en PVC transparent tels que des sacs, des chaussures ou encore des chapeaux. Puis encore sur les podiums, à l'automne hiver 2018 chez Balmain, dans des tons irisés, holographiques et iridescents, idem chez Miu Miu au même moment, chez Christian Cowan dans un transparent vert fluo et de nouveau au printemps-été 2019, au défilé Louis Vuitton.

Le PVC se décline aussi bien en accessoires qu’en vêtements. Jouant sur la transparence, le ciré transparent permet de dévoiler notre tenue tout en restant au sec et au chaud, en alliant style et fantaisie. En d'autres termes ? Jouer de sa capacité à dévoiler, pour sublimer ce que l'on porte en dessous.





La tendance de la saison est inévitablement le rétro-futurisme,
toujours ancré dans une mode appelant au retour des années 80/90.



Mais aussi les toiles cirées et cotons déperlants, eux matifiés

À l'origine, il était hors de question d'utiliser un coton classique, car le tissu absorbait l'eau par capillarité à la moindre averse. Il fallait donc une matière technique, sans qu'elle en ait trop l'air, pour la porter dans des tenues habillées. Vient alors une matière 100% coton aux étonnantes propriétés face à l'eau : le Ventile. Tout commence après la Seconde Guerre Mondiale, lorsque les Anglais ont développé ce tissu très performant et respirant pour les combinaisons de survie des aviateurs de l'armée. C'est la première matière déperlante et imperméable de l'histoire.

Dans les années 30, avec le boom de l'industrialisation du textile, le gouvernement britannique craint une pénurie de lin, qui servait à fabriquer les tuyaux d'arrosage et seaux pour les pompiers. Il encourage alors les recherches pour remplacer le lin par du coton, après plusieurs recherches, ils assistent à la création d'un tissu au tissage tellement compact, qu'il retient l'eau. Tout s'accélère avec la Seconde Guerre Mondiale : les pilotes anglais d'Hurricane Fighter, de la Royal Air Force, doivent escorter des convois maritimes (convois de fournitures, de nourriture ou de matériel), mais la distance entre la base aérienne et le bateau est trop élevée pour l'autonomie des avions. Churchill propose donc de faire décoller périlleusement les Hurricane depuis un bateau avec un système de catapulte. Il fallait absolument augmenter les chances de survie d'un pilote de la RAF en eau froide. La solution ? Un tissu confortable à porter dans le cockpit, qui laisse passer la transpiration, mais qui devient imperméable au contact de l'eau. Le Shirley Institute, un centre de recherche spécialement dédié au coton, met alors au point le fameux Ventile, ce tissu 100% coton retenant l'eau. Les chances de survie dans l'eau passent alors à 20 minutes, ce qui laisse du temps aux sauveteurs pour arriver. 80% des pilotes ont pu survivre après l'amerrissage de leur Hurricane, grâce à leur combinaison de survie en coton Ventile. 

Aujourd'hui, les costumes de la RAF sont toujours faits en Ventile, tout comme ceux d'autres pilotes de pays de l'OTAN. Edmund Hillary, le premier alpiniste à avoir gravi l'Everest, portait des vêtements en Ventile pour son ascension en 1953. Aujourd'hui, la production est assurée en Suisse par le tisseur Stotz.

Quant à la toile cirée, elle a été inventée en 1874 par Eugène Maréchal, propriétaire des Établissements Maréchal à Vénissieux, dans la banlieue de Lyon. La toile cirée est un tissu de coton ou de lin recouvert sur sa face recto de plusieurs couches d’huile de lin qui le rendent ainsi totalement imperméable. Utilisée pour les nappes à l'origine, cette matière tend par la suite à s'opérer sur le ciré.

Ces deux matières, faites de coton, donnent cet aspect lisse et rigide qu'on retrouve aujourd'hui dans les imperméables brutes et basiques souvent dits originals et vus chez Aigle, Armor Lux, Barbour, Hunter.. bref, toute la clique Nature brute. La toile cirée peut donner un petit effet brillant, mais tout deux, par le coton, tendent plutôt sur un effet mate. Dès 2016, on le retrouve chez Céline, puis en 2017 au défilé Kenzo donnant un air technique au vêtement. Au printemps été 2018, il réapparait chez Valentino et Valentin Yudashkin, puis en automne hiver 2018 chez Christian Dior. En 2019, il est sur tous les défilés à la fashion week de Seoul, comme chez Daily Mirror, The Centaur ou encore Maxxij. À Paris, il est cette fois-ci dans des tons mates couché brillant, comme chez Hermès ou Miu Miu, donnant cet effet à la fois mate mais relevé par une sorte de pellicule par dessus apportant de la lumière.





En octobre 2018, la première boutique Rains débarque dans le quartier de Saint-Germain des Prés, rue du Four, à Paris et fait son entrée sur l’artère commerçante du centre de Bordeaux, rue Sainte-Catherine. Marque danoise et créée en 2013, elle propose à la fois des cirés imperméables tendances et fonctionnels, reprenant cet aspect brute et mate revenu sur le devant de la scène et dans plusieurs coloris. Aujourd'hui seulement, elle s'est adaptée aux tendances et propose aussi des modèles holographiques et brillants.

Beaucoup de marques dans le prêt-à-porter, comme ces dernières citées, n'utilisent plus de vrai coton (ou trop peu) et créaient leurs modèles en majorité via du polyester parfois enduit au polyuréthane (une matière synthétique pour imiter le cuir) pour donner cet effet toile cirée sur coton déperlant. Il faut savoir que le coton absorbe l'humidité et ne permet donc pas l'évacuation de l'eau, à contrario des fibres synthétiques. Cependant, contrairement au coton, toutes ne respirent pas et par conséquence, peuvent tenir (trop) chaud.



Ce qu'il faut comprendre ici, c'est que l'imperméable a fait son entrée dès les années 30. À l'époque, il était lourd et donc très peu pratique. Dès les années 60, le ciré apparait en Bretagne, cette fois-ci, en offrant légèreté tout en gardant son imperméabilité de départ. Ces deux vêtements sont 100% étanches et sont faits pour protéger de la pluie avant tout de chose car l'eau ne peut passer au travers. Concernant leurs matières, sur lesquelles ils ont été ensuite déclinés, leurs origines viennent de plusieurs endroits, à plusieurs dates, que ce soit dans les années 30 en Angleterre sur des parkas (RAF) pour le coton déperlant ou encore pour le plastique PVC et vinyle popularisé dans les années 60 en France sur des vêtements par Courrèges et Cardin, dans des créations aux allures futuristes.

Dès 2016, ces cirés et imperméables se déclinent dans toutes les couleurs et dans des coupes oversize, trapèzes, évasées ou cintrées, courtes ou longues, avec des manches droites, géométriques ou bouffantes.. Le vinyle reste le plus brillant, le PVC sert à la fois d'effet brillant (disons mouillé) que d'effet transparent, le coton déperlant est le plus mate, quant à la toile cirée, elle garde un effet mate même si parfois elle est légèrement lumineuse.

Aujourd'hui, on trouve ces cirés partout, de la fast-fashion aux vêtements haut de gamme et luxueux - principalement fait de cotons et/ou de polyester pour leurs membranes, avec une couche caoutchoutée faite de PVC ou de polyuréthane pour apporter leur brillance, leur imperméabilité et servir d'isolants. Oui, les matières synthétiques sont partout, néanmoins, je vous rassure, on trouve encore des cirés faits de matières nobles comme chez Stutterheim ou encore Hunter sur certains modèles opaques et 100% coton renforcés par un traitement déperlant. Concernant les effets brillants et transparents, seul le PVC et le polyuréthane sont à même de pouvoir faire ça ! Ils seront donc forcément sur la couche supérieure, remplacement le coton enduit d'huile de l'époque, lui bien trop lourd au porté.

Le meilleur ciré est un ciré à la fois étanche pour protéger de l'eau et isolant pour protéger du froid, mais tout aussi aéré et respirant. En effet, cette dernière qualité est plutôt la bienvenue en ce moment, car le but n'est pas de creuver de chaud lorsque la pluie se fait entrevoir sous 15 degrés.. Beaucoup de marques font alors appel à des technologies telles que Gore-Tex ou en créant la leur directement. D'autres créaient leurs cirés avec des ouvertures ou encore avec des matières microporeuses (synthétiques), qui permettent de ne pas laisser l'eau passer par des pores beaucoup plus petits qu'une goute d'eau, tout en laissant donc le corps respirer. Bien évidemment, ce n'est pas le cas de toutes et les matières utilisées ne sont pas toujours des plus respirantes.. Néanmoins, détrompez-vous, ce n'est pas toujours là où on le pense.

Pour les cirés 100% polyester en doublure, donc pour leurs membranes, il est judicieux de les choisir fins ou possédant des ouvertures (fentes d'aération, ciré évasé et non serré vers le bas..) afin de laisser le corps respirer et ne pas suffoquer de chaleur lorsqu'il fait chaud (et qu'il pleut). Il en va de même pour les 100% PVC ou 100% polyuréthane (eux souvent tout transparents), choisissez les très fins. Quant à ceux en coton pour leur doublure, aux revêtements sur finition déperlante, la matière fait déjà tout le travail en terme d'aération par ses caractéristiques naturelles.


Dans mes marques de prédilection, proposant souvent des versions brillantes, holographique et irisées, je citerais certaines du groupe Inditex telles que Uterqüe (modèle léopard)Zara qui offre des cirés légers, souvent longs, avec des design sortant du lot, ainsi que Pull and Bear qui propose aujourd'hui une collection assez large mêlant modèles crop & mi-longs - transparents & colorés. Mais aussi AsosTop Shop et Hunter pour les e-shops made in britain. La merveilleuse marque Jane Post pour New-York et Tokyo Laundry, elle, originaire de Chine. Du côté des pays nordiques, bien évidemment BeckSöndergaard et Rains, deux marques danoises et Stutterheim pour l'empreinte suédoise (et d'ailleurs ma préférée). Côté frenchy, je ne pourrais oublier de citer Armor Lux, qui propose pas mal de modèles vernis dans des tons bordeaux, rouge vif, bleu, blanc.. mais aussi iridescents depuis peu ; et Petit Bateau, pour des imperméables iconiques venus de la manche.


© Louise AVRIL






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