27 avr. 2017

ELZO DURT - 10 ans BORN BAD RECORDS


Pour fêter les 10 ans de Born Bad Records, le label s'est octroyé trois jours festifs à Paris pour son tour de France (Bourges, Lyon Marseille, Bordeaux, Nantes, Metz, Poitiers, Bruxelles, Paris, Angoulème, Sannois, St Germain en Laye, Ris Orangis et Gigors). L'anniversaire se divisant en plusieurs parties, la première ouvrait le bal sur un vernissage à la Galerie du Jour, rue Quincampoix dans le 4ème. La suite de la soirée se déplaçait à La Station - Gare Des Mines, dans le 18ème, avenue de la Porte d'Aubervilliers. Célèbre spot ouvert depuis l'été dernier (2016) dans la continuité des friches industrielles transformées de la SNCF, ici par le Collectif MU. Là bas était organisé plusieurs concerts. L'anniversaire se terminait deux jours plus tard avec une cloture à la Machine du Moulin Rouge et avec sur scène les personnalités signées sur le label (La Femme, Cheveu, Frustration, J.C. Satan, Cannibale, Usé.. et JB Wizzz, boss du label). J'étais donc à l'ouverture, pour le vernissage d'Elzo Durt.

Elzo Durt est un illustrateur et graphiste d’origine Belge et vit et travaille à Bruxelles. Né à l’aube des 80’s, cet artiste compose ses images à partir de collages numériques qu’il imprime le plus souvent lui-même en sérigraphie. En effet, vous le verrez, son terrain de prédilection, c'est la sérigraphie, ce qui apporte à ses œuvres une qualité et une valeur particulière à l’heure où le numérique devient l'ère pré-dominante.

Son univers largement remplit d’inspirations psychédéliques est pour le moins fantasmagorique, presque diabolique, parsemé d’allusions cosmiques, à l'Espace comme géant céleste, agrémenté d’une touche vintage. Un univers souvent très rock'n'roll. Pour qualifier son travail, nous parlerons d'un collage pop/punk/psychédélique. 

Référence indéniable dans le milieu du graphisme underground, Elzo Durt s’est révélé au grand public grâce aux pochettes d’albums qu’il a réalisées pour différents groupes, dont celle de La Femme. En effet, c’est l’un des illustrateurs en chef de Born Bad Records (avec des groupes comme Frustration, Le Prince Harry, Francis Bebey, La Femme..). Il est aussi le cofondateur du label Teenage Menopause. Cet artiste aux sérigraphies les plus bouillantes est multicasquettes : passant d'illustrateur pour le journal Le Monde à designer de vêtements, avec la création de visuels de planches de skateboard qu’il a imaginé pour la marque Carhartt.

Avant ça, c’est en 2004 qu’il commence par ouvrir sa galerie : Plin Tub’ - à Bruxelles, ainsi que sa maison d’édition du même nom. Deux occasions de présenter ses œuvres ainsi que celles de ses artistes préférés. C’est aussi à cette époque qu’il gère la communication graphique de Recyclart, haut-lieu de la culture underground bruxelloise. Il devient ensuite directeur artistique du magazine Voxer, jusqu’en 2006.

L’art et surtout l’illustration l’ont toujours passionné. Depuis tout petit, il lit des BD, regarde des pochettes de disques, collectionne les posters et les flyers.. Ses créations sont hautes en couleurs. Un mélange d’images psychédéliques et punk. Ses œuvres ont acquis une renommée dans toute l’Europe, traversant même l’Atlantique jusqu’aux États-Unis. Avec des créations colorées et sombres à la fois, le plus souvent perturbantes, ses oeuvres évoquent instantanément le milieu de la musique underground. Le rapport à la musique étant un axe fondamental de son travail.


Avec Colors and Glory, l'exposition à la Galerie du Jour Agnès b. pour les 10 ans du label Born Bad, le vernissage s'est annoncé plus que complet puisqu’il présentait différentes œuvres qui dévoilaient les nombreuses phases créatives de l’artiste. Une sélection de ses travaux les plus iconiques des 15 dernières années, ainsi qu’une série de pièces inédites réalisées pour l’exposition. Le tout aussi pour célébrer le lancement de Complete Works, première monographie d’Elzo Durt, éditée par Born Bad Records à l’occasion des dix ans du label.

L’artiste évolue au gré des propositions que l’on lui fait, ce qui l’amène à être autant curateur qu'artiste. Le talent d’Elzo Durt, est qu’il fait justement fusionner, dès qu’il est question de faire appel à lui, deux mondes bien distincts : le sien, multicolore et mystique, et celui du commanditaire, quel qu’il soit. Afin parfois de faire cohabiter deux univers aussi complexes et lointains.

“Elzo ne dessine pas, il agence, repique, déforme, sublime des formes, des gravures, et des photos prises ici et là. Ce travail de haute voltige est si abouti qu’il devient presque impossible d’en deviner les sources, impossible de déceler les éléments qui sont à la base de ses images.”
Jean-Baptiste Guillot, boss du label Born Bad



Son travail ? Que de l’ordi, du Photoshop, et jusqu’à très récemment avec un scanner normal. Une image c’est un collage de plein de trucs, BD, vieilles gravures.. Il travaille de chez lui, achète beaucoup de vieux bouquins car il dépend de sa documentation. Ce qui est le plus important dans son métier, c’est « sa base de données de malade ».

« Mieux je la connais, mieux je peux réagir sur un sujet. »


On arrive ensuite dans une grande salle, où se mêlent une centaine d'affiche au caractère fort, tant sur la couleur que sur la symbolique.

En effet, ce qui, au premier abord, frappe dans ses images, c’est leur impact par un visuel costaud. Instantanément ses œuvres nous font du rentre-dedans ; agressives, presque violentes, avec leurs couleurs criardes associées de manières improbables (cyan, magenta, violet…). Audace chromatique loin d’être de mauvais goût. Différente du sens commun, de la "vérité" commune et dictée, et pourtant tellement belle.

L’impact visuel de ses images est violent, immédiat, et son style, malgré la diversité et le caractère hétéroclite des sources iconographiques ainsi que des influences esthétiques qu’il y intègre, est reconnaissable entre tous et de loin. Il parvient à associer ces éléments, symboliques mais tout aussi contrastés entre eux, pour créer des images qui se révèlent complexes et suscitent l’interprétation du spectateur quand à leur sens et leur explication. Mettant dans la tourmente l'esprit qui le regarde..

Il est évident qu’il travaille des thématiques assez morbides, au premier regard, on le comprend tout de suite, mais en réalité il essaye de contrebalancer ces thèmes avec des couleurs très joyeuses, qui adoucissent les images. « C’est vrai que je peux travailler des thèmes un peu durs ou violents, mais il ne faut pas en faire une généralité.. Et puis souvent avec les couleurs, j’essaye de rendre le thème violent beaucoup plus accessible et pop ! Mon but n’est pas de choquer à tout prix, j’essaye de faire des images qui sont percutantes et que l’on va retenir. » explique t-il.







MON AFFICHE PRÉFÉRÉE :


Depuis sa dernière exposition Deus Ex Machina, Elzo Durt prend un virage, en effet cette dernière représente une rupture dans sa carrière, abandonnant les squats au profit des galeries. Ce projet était uniquement composé de grands formats imprimés sur diasec (méthode qui consiste à coller une image sous une plaque de plexiglas) et donc à l'antipode de ses précédents, centrés sur la sérigraphie. Il impose alors, à cette exposition, sa propre mythologie psychédélique, en prenant la religion et plus précisément le christianisme comme thème principal : en réinterprétant des gravures religieuses des 17ème et du 18ème siècle. L'artiste s'est attaché à réinterpréter des scènes d'art classique en version punk en présentant des gravures modernisées plus psychédéliques et pop que jamais. Car les couleurs il adore ça, c’est instinctif chez lui. Mais c’est aussi la voie royale pour rendre des images contemporaines alors qu’il s’agit de gravures du 17ème ou 18ème siècle. « Le noir et blanc pourrait marcher, mais la couleur transforme l’essai. » ED

« Je passe du monde de la débrouille à celui bien établi des marchands d'art. C'est une nouvelle aventure, mais je n'abandonnerai pas la sérigraphie pour autant. Pour moi, il est important de continuer à proposer des pièces à des prix abordables, pour que les gens qui me ressemblent puissent se les payer. »

« J'essaye tout doucement de sortir du milieu alternatif, vendre des pièces à un prix plus élevé.. De toucher un autre public. Et puis j’avais surtout envie de travailler en plus grand. Pour cette expo, j’ai fait un choix de faire de l’illustration pure sans texte et le diasec, je l’ai choisi car c’est ce qu’on fait de mieux en tirages digitaux pour le moment, j’ai l’impression. » explique l'artiste.




On découvre ensuite des oeuvres qui sont en réalité la reproduction de visuels de vinyles crées par Elzo Durt mais ici en grands formats. Un premier pour La Femme - Psycho Tropical Berlin, puis un autre pour Francis Bebey - Psychedelic Sanza 1982-84.




Ayant fait aussi la couverture d’un bouquin ainsi qu'une illustration pour Le Monde comme dit plus haut (où il avait 20 heures pour faire une image), Elzo Durt est un artiste qui aime toucher à tout. Il n'a pas envie de s’enfermer dans un style, ni de travailler pour un style de musique en particulier. Mais plutôt de faire plein de choses différentes, sur des supports différents, avec des esthétiques différentes et surtout qui s’adressent à des gens différents. « Je pense que la pire chose est de s’enfermer dans quelque chose qu’on sait faire et de se répéter (bien évidemment ça arrive, parce qu’il faut travailler rapidement pour faire du pognon et qu’on a pas toujours le temps de prendre le temps pour créer quelque chose de complètement nouveau.). Je tiens à ce qu’on reconnaisse mon travail, mais j’essaye quand même de toujours apporter quelque chose de neuf et de raconter quelque chose à travers mes images, que ça ne soit pas juste esthétique. » ED




© Photographies Louise AVRIL
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