24 avr. 2017

URBAN ART FAIR 2017


Après Art Paris Art Fair, j'ai découvert Urban Art Fair au Carreau du Temple à Paris pour sa fermeture.

Urban Art Fair, un passage entre le street art et l’art contemporain.

Urban Art Fair est la première foire internationale uniquement dédiée à l’art urbain. La foire accueille dans les espaces du Carreau du Temple une trentaine de galeries françaises et internationales spécialisées en art urbain. Vingt-huit galeries – soit cinq de moins qu’en 2016 – qui témoignent d’une sélection aussi accrue qu’aiguisée. Et déroulent sur 3 000 m2 la multiplicité de l’art urbain, de ses inspirations brutes à ses aspirations disparates, de ses artistes pionniers à ses ambassadeurs tout juste émergés. Au programme, en plus des exposants, des conférences sur le street-art : passant de l’histoire du mouvement, au marché et ses collectionneurs, les limites de la loi/urbanisme et l'Art urbain : de la rue à Internet. Les expositions inédites de Banksy et du Collectif Le Mouvement, la projection du documentaire “Girl Power” : tourné dans une quinzaine de villes comme New York, Prague ou Berlin, il est le premier documentaire qui s’intéresse à la place des femmes dans l’univers très masculin du graffiti. « Cette projection, c’est l’occasion de donner plus de place aux femmes dans cette foire consacrée à l’art urbain. Girl Power parle de leur rôle dans le milieu du graffiti, ça raconte aussi l’histoire de la réalisatrice Sany dont les parents par exemple ne savent pas du tout qu’elle est graffeuse. » explique Yannick Boesso, directeur de la Foire. Le tout avec pour invitée d’honneur la Galerie du Jour Agnès b.

Quel est le but de l’Urban Art Fair ?
« Répondre à un besoin ! Il y a de très bons galeristes qui n’ont jamais exposé en foire parce qu’ils n’y sont pas accueillis. Pourtant, ils apportent un travail vraiment très qualitatif et très crossover, c’est à dire entre l’art urbain et l’art contemporain. Ce serait bien que ce travail soit plus mis en avant en foire et qu’il entre dans les musées aussi. Les gens qui proposent des œuvres issues du mouvement street art se connaissent déjà entre eux, c’est un petit milieu. Il manquait une place sur le marché, un endroit où on peut voir tout le monde en même temps, pour créer des nouveaux liens, découvrir. Il manquait cet endroit de rencontre, ce rendez-vous. » YB

Depuis la première génération d’artistes autodidactes qui ouvrit une brèche à la fin des années 60, de « nouvelles écritures » sont apparues. Tag, wildstyle, ego trip, autoportrait par le nom, art du vandalisme, du collage urbain, détournement, muralisme, calligraphie ou typographie à la bombe aérosol sont autant de moyens d’expression qui se côtoient sous les appellations d'art urbain ou de street-art. Urban Art Fair propose au public de découvrir l’histoire de l’une des disciplines majeures de l’art contemporain et collabore en ce sens avec les plus grands experts du marché.


La première oeuvre sur laquelle on tombe est une oeuvre de Cleon Peterson, qui me fait penser fort aux visuels de la BP (Berlinons Paris, lien ici). This is Darkness (2016) est en fait une oeuvre mettant en scène des lutteurs, peints sur des toiles circulaires ou grands formats évoquant des tambours. Un mélange de décors mythologiques des poteries grecques antiques. Une réelle lutte à mort où corps épousent à la perfection le cadre, ici un châssis en cecle. On retrouve JonOne, dans la Galerie Du Jour Agnès B et la Galerie Brugier-Rigail, qui elle, présentait aussi le travail, entre autres, de Jana et JS, de M. Chat, de L'Atlas ou encore de Tanc.

Pionnière, mécène, collectionneuse d’art urbain et fondatrice de la galerie du jour, Agnès b. est en quelque sorte la marraine du graffiti. Urban Art Fair rendra donc hommage à son engagement historique auprès des cultures alternatives dont l’art urbain a largement fait partie.








J'ai retrouvé aussi le travail de Christian Guémy alias C215, roi du street-art à Ivry, à l'espace de la Galerie Berthéas Les Tournesols. Je l'ai connu lorsqu'il faisait ses dessins, toujours dans la technique du pochoir et l’utilisation de l’espace urbain dans toutes ses tailles (passant d'un mur de 6 étages à un mur d'une impasse parisienne), avec ses « simples et adorables chats » (dont je suis fan).

L’art urbain a vu le jour dans la rue, a pris son essor avec les moyens du bord et même maintenant alors qu’il s’est établi dans le marché de l’Art, il conserve au cœur de son ADN une créative empreinte de débrouillardise. Il ne s’avère donc pas surprenant de retrouver pas mal d'oeuvres ayant pour support des matériaux en tout genre et non des toiles : un couvercle de pot de peinture pour Jana & JS, une boîte aux lettres pour C215 et Zenoy, du bois taillé, modelé, sculpté, massif ou en fine planche.. (vu d'ailleurs au Art Paris Art Fair avec Misstic : sa réinterprétation semble être une technique en vogue).



La galerie la plus colorée, un véritable univers full colors, était l'espace des Galeries Berthouxprésentes à Paris, Cannes, Megève ou encore à Courchevel.. Le stand présentait ici, parmis d'autres, Noé Two avec un gorille fumeur (l’argent de la vente de cette toile ci-dessous ira à une association pour la défense des gorilles), animal majestueux qui est aussi la critique des riches dirigeants qui évoluent dans la jungle économique, NOWART qui reprend Salvador Dali, et puisque l'art d'upcycler est proche de celui du détournement, on ne s’étonnera pas de contempler des sucettes coulées dans la résine, dont les courbes dessinent un sac à main Yves Saint-Laurent ou encore Chanel; une extravagance signée Fred Allard (photos dans l'ordre).





J'ai aussi découvert deux oeuvres que je qualifierais d'assez rétro. Tout d’abord Kan : l’or dans les doigts : le pointilliste de génie, l’homme aux feutres Posca au bout arrondi; où l'art de mêler le pixel au graffiti, entre pointillisme et numérique. Et D*Face, un artiste britannique connu pour son style pop-art avec une touche esthétique. Une oeuvre d'ailleurs déjà vue à Los Angeles. Il puise son inspiration dans le graphisme du skate, dans celui de la publicité, des comics et des couvertures d’albums de musique punk-rock. Il s’inspire largement des œuvres de l’artiste Roy Lichtenstein, vous aurez bien reconnu l'empreinte, mais développe un style plus noir et plus satirique, en jouant avec des os et des crânes.



De l'abstrait avec Renk. Toujours un coup de coeur, lorsque je vois ces couleurs onduler microscopiquement et se marier ensemble parfaitement. « Renk est un artiste de la Galerie Pdp qui propose une autre façon de montrer le graffiti. Il peint peu dans la rue et utilise surtout la bombe comme outil. Renk écrit son nom plusieurs fois, superposant son écriture avec un fat cap (une ouverture assez large de bombe) pour que petit à petit ça disparaisse et qu’à la fin apparaisse un coucher de soleil. Ses toiles sont vraiment magnifiques. Son nom dissimulé sous ces couchers de soleil, c’est sa manière à lui de laisser la place au monde. Au final, son travail est à l’inverse de l’égo-trip alors que pourtant, en écrivant d’abord son nom il part du principe de l’égo-trip. J’aime beaucoup sa démarche. » YB



Puis un espace dévoilant une Galerie quelque peu à l'envers, renversante, avec la Galerie Openspace mettant en avant des oeuvres de Franco Fasoli, un artiste sculpteur et peintre argentin (sculptures sans têtes et à l'envers, comme ce cheval aux étriers en l'air, qui écrase son policier qui est au dessus, marque aussi ses oeuvres avec des cigarettes) et de Jan Kalab, artiste tchèque, qui expérimente l’abstraction avec un style très géométrique. Ici avec des cercles, jouant sur le multisphériques. Son style se précise peu à peu, cherchant à retranscrire le mouvement, la profondeur, le temps ou l’infini.. à travers des couleurs flash (comme ce fuchsia si incandescent) qui ont bien opérées, de loin, sur mon regard.




Ma galerie préférée était Art in the Game qui nous vient de Londres et qui présentait le travail du célèbre Felipe Pantone par ses graffitis futuristes et psychédéliques. Mêlant art cinétique, art visuel et abstraction, il nous interroge sur la rapidité à laquelle les nouvelles technologies évoluent et nous entrainent dans un tourbillon d’informations visuelles aliénantes. L’utilisation de couleurs vives et métalliques, contrastants avec le duo omniprésent de noir et blanc, renforce l’effet psychédélique de ses compositions. Il dépeint avec audace les préoccupations contemporaines dictées par la révolution numérique. L’âme de son travail réside dans sa faculté à illustrer les mouvements et changements de notre paysage urbain, à travers la destruction spatiale et la perspective. « Mon travail est le reflet de mes expériences et de ma vision du monde. La révolution numérique a transformé le monde qui est aujourd’hui plus dynamique et connecté. J’essaye de retrouver cette sensation dans mon travail en utilisant des éléments et des compositions dynamiques. » Felipe Pantone, Juxtapoz (2015). L’esthétique ultra-moderne de ses réalisations lui a permis de totalement se différencier de la « masse » de street-artistes et d’affirmer un style affranchi.

Il y avait aussi une oeuvre de Sebastien Preschoux, profondément marqué par l'art optique (la spirale qui laisse à croire qu'il y a vraiment des fils de fers tendus sur la toile - je me pose toujours la question..). Il a su créer une confusion visuelle chez le spectateur pouvant amener ce dernier à s’interroger sur l’origine, humaine ou mécanique, de ses travaux.

Elle présentait aussi le travail de Jun Inoue, gros coup de coeur (avec l'autre artiste japonais qui suivra), qui est en quelque sorte le leader du street-art au Japon. Le mouvement là bas n'est pas encore si grand qu'ici, mais petit à petit il se grandit. Jun est un personnage clé parmi les artistes de rue actuels de Tokyo et son travail est une combinaison de deux styles très différents d’art – le shodo, la calligraphie japonaise traditionnelle, et le raku-gaki, ou le graffiti. Ce mélange culmine en pièces énergiques, vives. En réunissant les deux styles, Jun a ré-traduit et a relancé l’art traditionnel japonais à la population japonaise plus jeune ainsi qu'à l'Occident.

Mon second coup de coeur japonais vient du travail de l'artiste Fantasista Utamaro. Le style de ses œuvres d'art est influencé par la culture pop japonaise comme l'animation et le manga. Il superpose plusieurs couches au fur et à mesure qui donnent 







J'ai découvert l'artiste David Walker et son travail à l'espace de la Galerie Mathgoth, qui au premier coup d'oeil m'a fait directement pensé à Hopare. Étant fan de ce dernier et n'ayant pas encore vue (encore su même qu'il exposait) ses oeuvres, j'avoues avoir couru d'un pas attelant vers ces toiles. David Walker est un portraitiste.

Issu du graffiti, il a su développer une technique et un style qui sont devenus sa marque de fabrique. Il n’utilise aucun pinceau, aucune brosse. Toutes ses peintures sont réalisées à la bombe aérosol uniquement et à main levée. Couche après couche, les innombrables lignes saccadées et les zones abstraites tissent à travers les couleurs des portraits féminins d’une richesse absolue, frôlant l’hyperréalisme. David Walker adore remettre en cause les idées préconçues entre l’art urbain et l’art contemporain. Bousculer l’image que doit avoir l’art dans la rue par rapport à celui des galeries. Et nous ramène clairement ici au passage entre le street-art et l'art contemporain que décrit Urban Art Fair.

L'espace attenant était celui de la Galerie 42b, et dissimulait une oeuvre de Hopare (hihihi), j'ai été attiré par une toile bleue, de plusieurs bleu ardents : un corps féminin, comme scalpé, coupé, comme lorsque l'on rate un panorama avec son Iphone. Des traits si nets, un contraste si flamboyant, que l'oeuvre paraissait être une photographie de loin. Un miroir brisé. Un sentiment de tristesse. Un perte d'équilibre. C'est le travail de l'artiste Sckaro, frère de l'artiste Ratur avec qui il se joint pour d'autres oeuvres aux perspectives démesurées où ils jouent sur les visions vertigineuses de leurs univers artistiques respectifs.



L'association Artistic Rézo a réuni ses artistes dans une grande installation. Les boites surprises, surréalistes et religieuses de Madame côtoient les dessins colorés de Bault et les calligraphies sensuelles et géométriques de Romain Froquet.

Juste à côté, est exposé verticalement en quatre colonnes plusieurs photographies miniatures en noir et blanc mettant en scène des artistes que l'on peut reconnaitre avec ou sans noms scripturé sur le bas. C'est le travail acheminé depuis longtemps par Philippe Bonan, un photographe et portraitiste d’artistes. Ses portraits en lumière naturelle, reflètent une spontanéité, une authenticité qui est sa marque de fabrique. Portraits comme celui de JonOne, Invader ou encore de Keith Haring que l'on peut voir ici, qui retire ses lunettes devant l'objectif, en 1989. Bonan peint aussi, parfois sur ses propres photographies (voir campagne « votez PHB »).




Astro de nouveau sur le devant de la scène en solo show avec un sacré trompe l'oeil; en réalité on observe une fine couche verticale recto-verso avec ses dessins, mais dès lors où on la prend en photo, elle devient un véritable chef d'oeuvre volumineux. Je n'en revenais même pas de ne pas le percevoir à l'oeil nu.


Clou du spectacle, j'ai fais la rencontre de Miss.Tic qui exposait en solo show dans l'espace Galerie Léila Mordoch.






La Galerie David Pluskwa, dans un stand sombre afin de faire ressortir toutes les couleurs de leurs oeuvres. Avec l'artiste SkunkDog, où on perçoit dans son travail l’amour, l’excès, la mégalomanie, la violence et la générosité.. dans des oeuvres brutes avec un certain personnage assez punk.

On y voit aussi une oeuvre faite entièrement de légo, par l'artiste Lenz. Les blocs colorés se connectent les uns aux autres et forme avec netteté un dessin.





En plus du rez-de-chaussée, Urban Art Fair continuait son parcours sur un étage en dessous. En descendant des escaliers on découvrait alors une seconde exposition par le Collectif Le Mouvement (qui exposait aussi, si je ne m'abuse, devant le Carreau du Temple, dehors à la sortie) puis une troisième alignée sur un couloir : Organisée en collaboration avec Graffiti Art Magazine, l'exposition Graffiti Art Cover Collection comportait dix pièces. Fondée en 2008 par Nicolas Chenus, ce magazine d'art contemporain maintient un esprit critique mais ouvert d'esprit combiné à une vision éducative. Dans le but de donner un nouveau point de vue sur une variété de pratiques artistiques, le magazine décrit le mouvement né dans les années 60, avec des artistes travaillant à la fois dans la rue et dans le studio.

Parmis ces dix oeuvres, j'ai flashé sur celle de l’artiste Français TILT, qui réinterprète l’iconique portrait pop art de Marilyn Monroe dans une lithographie à l'acrylique. L’image est usée, patinée, donnant une vision plus “street” de l’œuvre légendaire d’Andy Warhol.

Juste à côté du couloir qui révélait cette exposition à l'intérieur même de la foire, j'ai découvert une salle où des petits groupes de gens s'étaient mis à regarder tous dans la même direction, en faisant la queue de deux côtés, pour joindre au milieu deux écrans.

Depuis bientôt 20 ans, la marque Desperados s'associe avec le collectif d'art urbain Le 9ème Concept pour inventer chaque année une bouteille collector, à grands coups de performances autour de la culture du graffiti. La nouvelle édition limitée imaginée par Desperados et le Collectif conjugue street art et design augmenté dans une expérience inédite. 

Le défi de l’artiste Matthieu Dagorn, membre du collectif : s’approprier le décor de la bouteille iconique au travers d’une œuvre d’art urbain exclusive à augmenter en digital. Pour l'occasion de la Foire Urban Art Fair, l'artiste a également créé un univers virtuel à l'aide de la Google Tilt Brush. Donne naissance alors à l'Édition Augmentée. Travaillant en volume, les qualités de l’artiste étaient propices pour se prêter à la réalité augmentée dont l’intérêt principal est de pouvoir être immergé et d’avoir de la profondeur. La ligne de création imaginée par le collectif embarque la bouteille desperados dans un mouvement continu et lui impose une série d’expériences. Les expériences se déclenchent les unes après les autres, entraînées par des éléments plus inattendus les uns que les autres.






© Photographies Louise AVRIL
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6 commentaires

  1. C'est Bortusk Leer et ses Street Monsters à la fin * ;-)

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    1. Thanks a lot! Son petit nom était écrit sur le téco;) Néanmoins, je cherche pour la plaque parisienne!

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    2. "à côté de la plaque" https://www.facebook.com/ChristopheVerdonAcdlp/

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  2. Nous sommes très honorés que vous soyez venus nous rendre visite sur notre stand de l'Urban Art Fair !

    Nous espérons que vous avez apprécié notre sélection d'artistes (Add Fuel, Fantasista Utamaro, Felipe Pantone, FenX, Fidia Falaschetti, Kan, Gris1, Jun Inoue, Sébastien Preschoux, Shepard Fairey, Takeru Amano, Thirsty Bstrd et Victor Ash) et leurs œuvres. Certaines pièces sont encore disponibles, veuillez nous contacter si vous désirez plus d'informations.

    Nous espérons avoir l'occasion d'échanger avec vous prochainement !

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