24 juil. 2018

Prendre le large seul(e), une manière d'apprendre à se (re)découvrir ?


Je suis partie seule dans le Sud-Ouest de la Corse pendant dix jours. Je fais ça depuis quelques années maintenant. C’est le moment où je coupe avec tout parce que je suis arrivée à bout et que j’en ai besoin. Arrêter de penser, vider complètement ma tête, mon esprit. Oublier tout ce qui m'entoure, et qui. Plus rien n'existe alors lorsque j'en ai fini. Pour, par la suite, pouvoir faire le point, me retrouver, loin de tout. Me poser les bonnes questions et en tirer des réponses. Apprécier les choses, prendre le temps comme je le devrais, non tel un actroïde. Changer d’air ou parfois même changer d’axe afin de revenir comme sous un nouveau jour. Du moins de la manière dont je le veux et dont je veux être. Je ne parle pas ici de changer, je pense qu'à un moment, arrivé à un certain âge, on est qui on est. On décide juste des chemins que l'on va prendre, des choix que l'on va prendre, mais on ne change pas ce qui nous défini.

Je pars seule et avec moi-même. Certains diront que c’est dommage, car rien n’est plus beau que de partager un voyage avec quelqu’un, partager des souvenirs. Mais voilà, le but de mon voyage est d’apprendre et me retrouver face à moi-même. Et vivre ce type de vacances avec une ou plusieurs personnes ne permettrait pas un épanouissement total. Pourquoi ? Car partir tout seul permet d’être plus libre de ses choix et de ses actions. Comme par exemple se lever un matin et se barrer ailleurs, sans forcément concerter la personne qui voyage avec vous et qui pourrait être réticente à cette idée. Prendre les chemins qu'on veut sans forcément suivre un itinéraire donné ou encore faire la sieste sans s'imposer un réveil précis. Partir de quelque part lorsqu'on en a marre et aller ici lorsqu'on le veut. Sans l'avis de quiconque, ni montre ou chronomètre à la main d'une tierce personne..
Je regrette aussi parfois de ne pas pouvoir partager certains beaux moments que je vis. Vous savez, ces moments où l’on se retrouve seul au milieu de nulle part devant un paysage magnifique et infini, qu’il est impossible de décrire avec des mots. Il m'arrive de vouloir alors me retourner, de sourire vers des visages auxquels je pense sur le moment et de me dire qu'on l'a vécu ensemble. Mais je réserve d’autres exodes pour vivre ce genre de souvenirs à plusieurs et partager ça avec les personnes que j’aime. Celles-ci sont les miennes et je ne pourrais pas m’y opposer, même au plus profond de moi-même.

Je fais du camping à chaque fois que j’y vais, un vrai retour à la nature que j’aime beaucoup, mis à part peut-être les petits bruits de feuilles sèches bougeant la nuit que j’entends près de mon oreille, indiquant la présence d’une entité réveillée. Et la question se pose alors toujours : « est-elle à l’intérieur ou à l’extérieur de ma tente.. ? »
Je me réveille par les bruits d’ailes de tourterelles, de petits cris de geais des chênes et me couche par le chant d’un hibou petit-duc. Je n’ai ni besoin de personne pour aller à la plage, dénicher un sentier longeant le littoral ou encore partir une journée en expédition, ni besoin de parler lorsque je m’assois à la terrasse d’un café pour siroter un demi cassis et apprécier le panorama d’une mer calme et berçante, un soir où les grillons se font entendre sous une nuit flambée. J’apprécie de le vivre seule, avec moi-même et mes pensées. L'esprit paradoxalement vide, comblé et lointain.


Voici un précepte que j’essaie d’appliquer dans ma vie de manière générale : s’écouter et se faire confiance. Parce que nous sommes notre meilleur allié. Quitte à partir seul(e), autant en profiter pour suivre ses envies et avancer à son propre rythme..

Ce qui nous bloque le plus je pense, avant de nous lancer à partir seul(e), ce sont nos peurs. Nous n’avons jamais essayé et pourtant nous avons déjà des peurs certaines, préavisées. Elles peuvent être multiples et différentes : la peur de s’ennuyer, de ne pas aimer, de ne rien avoir à partager avec d’autres personnes, de se perdre, de ne pas y arriver, de se faire agresser, de n’avoir aucun repère.. - Peut-être aussi que certains n'ont tout bonnement pas l'habitude de réfléchir et ne comprennent alors en rien ce projet. - Pourtant, qui n’a jamais rêvé de totale liberté ? D’un voyage ou de vacances qui nous plaisent à 100% car ils ne sont faits uniquement que de nos envies ? De rencontrer une multitude de personnes différentes, de partager un peu ou beaucoup avec eux, mais surtout de ne pas attendre après les autres pour notre propre bonheur.

Mais c’est aussi l’audace d’affronter le regard des autres et de se retrouver face à soi-même. Car aujourd'hui, dans notre société, être seul c’est être triste j’ai l’impression. Pas comme les autres. Dicté par des mœurs de sociétés absurdes. « Ah bon, tu pars seule ? Mais.. ça va ? » Vous est-il seulement venu à l’idée que cela pouvait être un choix ?
Quand on part faire quelque chose de différent, il faut affronter le regard ou l’avis des autres qui, du fond de leur canapé bien douillet dans leur petite maison bien feutrée, se permettent de juger un choix de vie ou la dangerosité d’un monde dans lequel ils n’ont pas mis un pied. Bien sûr, la solitude existe quand on part seul(e), mais elle fait partie de ces moments nécessaires pour se retrouver, se reposer, réfléchir, méditer.. pour permettre encore mieux de profiter des instants partagés avec d’autres, et ce plus tard. Elle vous permet d’être indépendant, surtout si vous ne l’avez jamais été ou que vous ne l’avez jamais ressenti, et d’apprendre à vous retrouver face à vous-même, sans masque, ni excédents ou paillettes. L’important est de ne pas faire attention au regard de l’autre, d’avoir confiance en soi et de vous faire plaisir avant toute chose.




Partir pour mieux revenir ?


Partir seul(e) pour se sentir vivre, pour mieux revenir. Apprendre à se ressourcer, à s’apprivoiser, à se connaître, à se comprendre, à savoir ce que l’on veut vraiment, ce qui nous rend heureux ou malheureux. Revenir sur soi, ses fautes ou ses moments de bonheur, percer nos incompréhensions, avancer dans nos rêves, comprendre nos sentiments - qui nous font vibrer, pleurer ou chavirer. Afin de se révéler des choses au plus profond de nous-même. Et nous trouver en nous. En effet, l'escapade en solo a une particularité : on ne peut plus mettre ses émotions en sourdine lorsque l'on se retrouve face à soi-même. Car si on croit pouvoir les fuir, on est cuit. Il n'y a alors plus qu'une chose à faire : s'écouter.

Le savoir-être-seul a pour moi de nombreuses vertus. C'est un réveil des sens, un retour à l'animalité originelle et un ressourcement. La solitude, quoique souvent vécue douloureusement, est structurante. Elle favorise non seulement la découverte de soi mais aussi l'acceptation de ses limites et nous conduit à agir en êtres responsables et matures. Elle nous force à inscrire nos désirs dans le champ du réalisable et non dans celui de l'imaginaire. Pouvoir vivre pleinement ces moments nous permet alors d’être libre d'être soi.
Se couper du monde, c’est plus que vital aujourd’hui dans notre société. J’en ressens le besoin et pas qu’une fois dans l’année. Revenir à l'état pur, brut. J’ai besoin de voir la nature, les arbres, l’herbe aussi ridicule que cela puisse paraître, le sable, les vagues, la roche, sentir les parfums que le soleil fait surgir de l'environnement et des terres, de sentir l’air et non celui qui vous fait suffoquer dans le métro, même presque parfois les astres dans la nuit.. Mais aussi parfois dans ces moments d'être seule, me retrouver face au vide, à l'infini, sans personne pour me tenir la main ou me dicter quoi faire. Des plaisirs simples qui peuvent paraître dérisoires aux yeux des autres mais qui sont pour moi nécessaires.


Partir de cette manière, c’est aussi prendre le temps pour soi, avec le temps qu’il faudra, sans l’aide de personne. Mais prendre du temps pour soi est-il un luxe ou une nécessité ?

C’est un peu comme « conquérir son temps intime. »
Parce que si vous ne le décidez pas, personne ne le prendra pour vous.


Le premier sens que je donne au mot vacances c’est vacuité, où vide et disponibilité se chevauchent. J’aime assez cette définition qui pourrait se traduire comme une période de disponibilité à soi, pendant laquelle idéalement nous devrions lâcher toute programmation pour vivre selon nos rythmes naturels, nos besoins et envies du moment, vivre pleinement l’instant présent et nous réserver des moments de silence, de vide, qui sont propices à l’introspection. 

Pas de contrainte, on se simplifie la vie. On oublie ses réflexes de remplir ses journées, on ne planifie rien, on laisse les choses se faire. L’idée est de se laisser aller. S’aérer le corps et l’esprit en étant libre à contrario d’être sous contrôle permanent du temps ou des autres. Rentrer avec une nouvelle saveur de notre vie et de nos exigences, parfois un nouveau sens, pour s'y engager d'une manière plus personnelle et responsable que l’on a choisie, face à un nous-même que nous avons rencontré. Même si le retour est plein d'incertitudes sur l'avenir, une chose est certaine : nous sommes libres de créer celui que nous voulons à présent. 

Voyager, partir, pour se sentir vivre. Sortir des sentiers battus ou de sa zone de confort. Avec pour fin mot de l’histoire, la liberté pour moteur. C’est comme ça que je me sens exister. Je n’ai rien à prouver à personne. Chacun part comme il le souhaite. Et à chacun aussi de faire ses propres expériences. 


Dans ma quête, j’ai trouvé l’essentiel : ce que je veux et pourquoi. Ce qui me rend vivante. Et ce qui, ou qui, me fait du bien. Ainsi qu'être moi. Il faut arrêter de répondre à des codes, suivre des règles. Parce que c’est ici que vous allez trouver l’ennui. La vie n’est pas un schéma. Je souhaite surtout vivre intensément les moments présents pour retranscrire au mieux mes sentiments. Je n’ai pas honte de le dire, mon bonheur se trouve dans la simplicité. Aller à la rencontre de ce qui me ressemble même s'il est remplit de découvertes, paradoxalement. Ici et ailleurs. Afin de trouver un équilibre que j’ai choisi pour en revenir meilleure.



Revenir ? C’est parce que l’on fuit ?



Une fuite, une quête, une prise de recul. On a parfois besoin de mettre des kilomètres entre sa vie et soi pour arriver à mieux cerner une situation, en prenant de la hauteur. Est-ce une fuite ? Plutôt une sorte de zoom out, une prise de recul. Une audace de fuir ? L’idée qu’un voyage est en fait une fuite et qu’il faut l’assumer. Un savant mélange de quête et de fuite, de questionnement et de recherche, de soi ? De ce que l’on veut vraiment et qui l’on est vraiment ? L’envie de choisir ce qui nous plait plutôt que ce que la société nous impose. Aimer et apprécier le moment présent en se laissant porter par le vent.


C’est en revenant que je me suis aperçue à chaque fois que ce type de vacances avaient été toujours salvatrices pour moi. Je suis sortie d’un quotidien qui emprisonnait mes réflexions. En libérant mes pensées lorsque je crois m'être perdue, pour me retrouver. C’est pour ça que je ne peux m’y opposer.

Le plus important, c'est d'avoir un but avant de partir et non d'essayer à en chercher un là-bas. Connaître son objectif afin de replacer tout dans un contexte ; vos rencontres, vos sentiments, vos idées, vos remises en question ou encore vos recherches : ceci est un projet personnel qui vous appartient.


Finalement avoir l’audace de partir seule,
n’est-ce pas tout simplement avoir l’audace de s’abandonner à vivre ?


© Photographies Louise AVRIL
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