19 oct. 2019

UAF (URBAN ART FAIR) SOLO SHOWS 2019

Je viens de découvrir la deuxième édition d’UAF - SOLO SHOWS, un événement en marge de son éponyme et célèbre Urban Art Fair, se déroulant du 15 au 20 octobre 2019, rue de Turenne à Paris dans le cœur du marais.

Cette seconde édition accueille une dizaine de galeries spécialisées dans l’art urbain dans le but de marquer son soutien à ces dernières. L’événement investit aujourd'hui plusieurs espaces ELLIA tout le long de la rue (disposés aux numéros 10 et 19 plus exactement), prônant une sélection de galeries, d’artistes et d’installations. L’objectif est clair : dynamiser une des parties les plus emblématiques de la rue de Turenne par l’art et ainsi, promouvoir les galeries parisiennes et démocratiser l’art urbain.


Le credo ? 1 GALERIE = 1 ARTISTE.

Le format 100% solo shows est quasiment inexistant dans le paysage des salons d’art contemporain. L’évènement vise à démontrer son importance pour la compréhension de l’art, notamment quand il s’agit d’un mouvement à la fois émergent et déjà très populaire paradoxalement. Donner à voir et à comprendre implique forcément une forme de responsabilité, un choix. Ici, il est question de montrer différemment et de déshabituer. Cependant, je pense que c'est surtout une question de mieux comprendre l'artiste et mieux le dévoiler, le mettre en lumière, avec une volonté de vraiment faire connaître son travail, sa complexité et parfois ses évolutions. La plupart du temps, dans les expositions collectives que l'on peut voir dans les foires d'art, on arpente tous les recoins du stand à la recherche de l'oeuvre qui va nous faire chavirer. Ici, si on aime l'artiste on reste, dans le cas contraire, on trace son chemin.


Le 10 rue de Turenne (Ancienne galerie Nikki Diana Marquardt)

Sur 500m2, deux thématiques sont abordées : l’abstraction et la figuration. Concernant la section Abstraction, on retrouvera des oeuvres comme "la boucle est bouclée" entre gestes et couleurs flashy de Franck Noto aka Zest (Paradox Gallery), JonOne et ses lettrages acryliques (Galerie Brugier-Rigail), Alexandra Hedison (H Gallery), une installation centrale de Lek qui explore l'espace public par la déconstruction comme avec "Wood 3" (Galerie Joël Knafo), ainsi qu’une fresque monumentale de L’Outsider (Ground Effect) sur 11m de long, qui me rappelle le travail de Tanc avec "New Horizons". Enfin, pour la section Figuration, l’art du portrait sera mis en avant sur pellicule avec le portraitiste Philippe Bonan, qui a immortalisé depuis plus de trois décennies, les visages des plus grands artistes contemporains urbains, tels qu'Invader, Keith Haring, JonOne, Ernest Pignon Ernest.. et sur portraits sur toile avec Marchal Mithouard aka Shaka et ses personnages nervurés et fragmentés (Galerie Lazaret), Arnaud Rabier aka Nowart par entrecroisements géographiques infinis (Galeries Barthoux) et enfin, Alexandre Monteiro aka Hopare, dont les styles traitent à merveille de la complexité de l’être et notre intérieur.

En parallèle, jouant avec l’aspérité de la rue et des murs, deux immenses artistes opposent leurs styles et se complètent pour créer une œuvre extérieure gigantesque. L’abstraction de LEK, point central du grand espace intérieur, se déploiera à travers une fresque au sol reliant l’ensemble des espaces d’expositions de la rue de Turenne. L'artiste Hopare, quant à lui, réalise une œuvre figurative de 6 mètres sur 13 mètres arborée sur la façade de l'entrée.



Hopare reste pour moi, l'un de mes artistes préférés. Les couleurs qu'il utilise sont toujours flamboyantes à travers le noir contrastant. Elles font ressortir les traits de visage insoupçonnés qui devient alors de toute beauté. À elles seules, elles forment presque un certain éclairage dans la pièce ou la rue où l'oeuvre est disposée.


J'ai découvert ensuite l'artiste Nowart et son travail issu de sa passion pour le graffiti, le lettrage, le Cubisme et l’histoire de l’art. Un savant mélange complexe et coloré, presque toujours différent dans sa manière d'être remplit et comblé si l'on regarde de plus près. Je me suis d'ailleurs demandé si certaines de ces oeuvres étaient créées depuis des photos, voyant quelques fois dans le fond des sortent de morceaux de journaux. Tous les portraits traduisent une dimension psychologique, émotionnelle et esthétique forte lorsqu'on les regarde et renouvellent en quelque sorte le genre de l’autoportrait.

Parmi ses nombreuses sources d’inspiration, Pablo Picasso est un guide incontesté dans la trajectoire artistique de Nowart. À l’origine du mouvement cubiste, l’œuvre de Picasso amène l'artiste à se pencher sur un espace pictural qui n’est plus l’imitation de la réalité.


JonOne où l'artiste que je rêverais d'exposer partout chez moi. Je suis toujours subjuguée lorsque je me retrouve face à ses oeuvres. J'aime ce mélange de couleurs comme parsemées à la main.









Le 19 rue de Turenne

Le parcours continue à travers plusieurs boxes disposés le long de la rue les uns après les autres au 19 de la rue de Turenne. Je découvre en premier l’espace de la Galerie Artcan, qui présente des œuvres sur toiles de l’artiste Spyk, dans un univers immersif créé in situ par l’artiste. Je suis bluffée. En fait, il m’attire dès l’entrée, de loin, par des vitres qui rappelle la condensation retrouvée sur certaines toiles, cachant et dévoilant à la fois ce qu'il détient, par des couleurs bleues électriques et éclectiques jaillissantes à certains endroits.

Concernant les autres boxes qui n'apparaissent pas dans mes photos et inspirés de l’esprit « multiples », celui qui suit présente des éditions d'Invaders (Galerie Ange Basso),  un artiste dont je suis moins fan hors rue, un autre offre une exposition d’esquisses de graffiti proposées par la Taxie Gallery et nommée "Sketches", avec des performances d’artistes dans un format sur toile ; un quatrième présente des séries petits formats sur bois de Bezt from Etam Crew (Galerie MyFinbec) et enfin un cinquième, arbore des présentations quotidiennes d’éditions sur papier des artistes de la Galerie Joël Knafo et de celle de Litho Online tels que C215, Miss Tic, Stan Manoukian, Logan Hicks.. (essentiellement du print). Je ne vous cache pas que c'était peut être moins ce que j'attendais et recherchais et que je ne me suis donc pas plus attardée dessus, même si vu.


Le travail de Spyk est hallucinant, déroutant. Il vous plonge dans un univers inconnu. Je ressentais la nuit et ses éclairages, comme si j'y étais. « Nowhere, but here », c’est l’histoire d’un road trip à travers les Etats-Unis à bord d’une vieille Buick. Un rêve de môme, comme dans les films américains. Faire défiler les miles, manger la poussière, arpenter les grands espaces.. Pas d’humains, mais place au silence, à la pluie colorée par les néons et à la brume matinale sur fond de paysages désertiques. Le temps est figé et si l’on est certain d’être aux US, on ne sait en revanche pas exactement où l’on vient de mettre les pieds tant l’esthétique est immuable. L’hyperréalisme des scènes dépeintes flirte avec le rêve et le fantastique, quant aux couleurs irréelles, elles nous plongent dans une atmosphère cinématographique, nous invitant au doute et à la réflexion.

Je n'ai vu ça nulle part ailleurs. Les détails sont invraisemblables et totalement dingues, tous faits par aérosols. J'en suis même fan. Une très belle découverte qui me laisse encore scotchée.







Le 18 rue de Turenne (Le OFF d'UAF)

Enfin, un peu plus loin se situe dans un dernier espace, l'Ellia Art Gallery, une dernière exposition OFF de l'évènement, offrant des oeuvres de Raphaël Federici et du collectif parisien Le Mouvement, connu pour son oeuvre majeure, "The Umbrellas".

J'avais déjà vu le travail du collectif dans des rues de Paris. Il présente un mélange de réalisme et de poésie faisant appel à la « narration de la figuration » et à la « technique du collage photographique ». Malheureusement, je suis moins touchée et moins fan de ce travail trop coloré sunshine à mon goût. Je pense que c'est essentiellement une question de couleurs, cependant les collages ne m'attirent guère non plus et les personnages ne me renvoient rien. Je n'arrive pas à me plonger dedans ou ressentir un chavirement. C'est plus surprenant dans la rue, effectivement, ça donne aussi un peu de couleurs à certains murs trop gris de Paris. Mais je n'ai pas cet arrêt sur image, qui me prend aux tripes et où je suis fascinée, tellement je trouve une forme, des couleurs ou un dessin beaux et qu'ils me parlent.. Comme ceux que j'ai eu sur deux toiles de Raphaël Federici, juste à côté.


Revendiquant assez tôt le mouvement lowbrow, à l’époque pas très connu en France et dont les messages sont généralement subversifs, Raphaël Federici a démarré avec des icônes comme Mickey et Popeye qu’il détournait, pour finir par trouver ses personnages : le marin, l’indien, l’astronaute.. sous forme d'un perso à barbe blanche.

Très souvent comparé à Basquiat et appliqué dans le fauvisme par ses projection de couleurs et ce côté très bande dessinée, cet artiste multiplie les supports, à la fois dans la rue sur des murs que sur des toiles, mais aussi par des sculptures ou encore de la menuiserie. J'ai été très touchée par ses portraits, surtout lorsqu'on lit les titres des oeuvres et que tout donne sens alors. Un autre sens. Ce que j'aime dans l'art, c'est qu'on est toujours surpris par les interprétations, la nôtre, celle de l'artiste ou encore celle des autres. Chacun y voit quelque chose et c'est cela qui est beau, quand l'oeuvre nous parle et qu'on est alors touché, bien entendu. Pour imager mon propos, je vous laisse découvrir cette oeuvre ci-dessous..


Cette dernière se nomme "Flashball". La seule chose pire que d'être aveugle, c'est d'avoir des rêves mais pas de vision pour les voir.

Celle d'en dessous, "Le Baiser", est de loin ma préférée. La couleur rouge me signifie énormément de choses en fond. Elle peut faire office d'amour, de colère, de passion, mais fait référence aussi à plein d'autres images que j'ai en tête à ce moment là. Je crois même avoir vu la prise de la Bastille quelques secondes.. Derrière, ces deux perso arrivent à me faire vivre une émotion tant j'en sens le mouvement qui s'en dégage, tel un saut.

Sur ces jolis mots, c'est ainsi et ici que j'ai fini l'évènement.



© Photographies Louise AVRIL
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